16/04/2008

Avant toute chose


Josef Vachal - Jarn  noc...deux années de vie commune, à confondre le téléphone en excuses, à bâtir nos frigidaires en igloos, à peser le pour et le contre, à renverser la vapeur, à divertir les prétendus. Deux ans. Et elle ne m'a même pas reconnu. "De l'eau a coulé sous les ponts" oui, mais l'eau n'efface rien, elle divulgue, elle provoque, elle réclame, mais jamais elle ne se rend maître de la situation. Quelque chose a dû couler, quelque part, autrement. Moi-même je ne l'ai reconnue qu'à la vue de son soupirant. Deux années...à courir les lucioles, à vomir nos entrailles, à jongler les minutes, et l'oubli pour seul réconfort. Quelques lignes pour mettre un terme à l'inoubliable. Quelque pas pour rentrer chez moi, à travers les limaces qu'un sursaut climatique a surpris, à travers les feuilles qui ce matin encore flottaient plus haut que moi. Quelques pas jusqu'à la porte, avec sur les bras l'intime conviction que je tomberai nez à nez plutôt que bouche à bouche.

Baisser les yeux, pour la première fois de la journée. Compter les pas, les lignes, les années, les virgules et les points. Compter les mots qu'il faut pour lui dire au revoir et tourner les talons en toute impunité. Compter le nombre de chutes évitées aujourd'hui. Compter les quelques, les presque et les à peu près. Compter les comptes qu'il a fallu pour en arriver jusque là, à ce point que la bêtise ne maîtrise plus. Oublier mon ingratitude, mon impatience, ma langue fourchue. Faire le point (grossier et au bord de la ligne). Oublier les secondes après la virgule. Oublier combien de fois il a fallu oublier. Pauvres limaces sur le bord du chemin, incapables de marcher ou de compter. Demain elles ne me reconnaîtront pas. Moi non plus.


(graffiti de Josef Vachal, Jarn Noc)


23:40 Écrit par Aem[a]eth. dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

le jour et le contre

"ensuite la mer me fut cachée par un grand boulevard"

Écrit par : delphine | 24/04/2008

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