27/05/2007

Timide démence.


Il arrive les bras croisés, tordus l'un derrière l'autre. La démarche hésitante, il fait penser à un candidat bénévole pour la peine de mort. Il s'assied en face de moi, sans un bruit, le fauteuil même se retient de réagir. Tout de suite il adopte ma posture, preuve d'un partisanat moderne. Il passe une jambe par-dessus l'autre, une main entre ses cuisses et l'autre qui vient lui saisir le coude opposé. Il sourit péniblement : son visage est si mince qu'il doit pour se faire avaler sa joue droite afin de donner davantage de consistance à la gauche.

La discussion s'engage, il mastique ses lèvres avec une ironie non feinte. Ses mains tout à coup dérogent à ma présence : elles s'en vont maladroitement en tous sens, s'effleurent, se distinguent en altitudes, se rejoignent au giron d'une projection de lui-même qu'il exige à quelques centimètres. Il parle avec ses mains – rouges comme des lèvres, les doigts commis mâchoire. Et saute d'une névrose à l'autre, et course d'une phrase à la suivante.

Il n'a ni père ni mère. Son âme s'écaille, sa peau bâille, son coeur l'ignore. Et ses gesticulations deviennent plus bruyantes à mesure qu'il tente d'avorter de la terre. Chaque mot qu'il éructe tombe sur moi comme une enclume, chaque émotion qu'il a peine à retenir. Il est lourd, si lourd de toute sa creuse, que je ne peux le maintenir en place et son corps finit de s'introduire en lui-même, de se résorber comme une feuille abandonnée. Je l'écoute mourir sans larmes, abandonné même de la fatigue, et cette impression diluvienne qu'il s'abrite en moi.


(Accompagnement musical : Richard Hawley – Precious sight, cliquez ici)


17:16 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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