22/05/2007

'My beloved monster.'


Mains se dessinant








Les poignets cristallins s'échappant de sa veste s'accomplissent en deux poings d'interrogation bien maintenus. Leur nonchalance est stupéfiante, aussi j'ose croire qu'il serait volontiers pianiste s'il n'avait les doigts si courts. Ses cheveux, dont l'ébouriffé laisse deviner les négligences, sont du meilleur acajou, et son sourire chaussé avec impertinence, du plus bel éclat. Son visage enfin s'il ne me paraissait plus grand, obtiendrait du soleil qu'il se couche à ses yeux et de la mer qu'elle se berce à ses lèvres.

Cet air fourbe et goguenard, cette silhouette malingre et furtive (qu'il aissaisonne de sa franchise), font de cette rencontre un repas riche en intrigues. Qu'a-t-il donc perdu pour se retrouver si propre de tout, si loin de lui-même ? Tout cet endroit qu'il n'occupe pas de son corps, je le devine, est le caprice d'un doute profond. Et l'on peut voir jusqu'à quel égard les prunelles de ses yeux sont envahies d'un désir trouble et terrible, si dramatique qu'il en pourrait perdre les raisons.

D'un air affecté il me demande entre deux roulements de dunes si sa compagnie m'insupporte. Son regard possède à présent la vive allure d'une eau gazeuse. Aussi je voudrais l'interroger sur le sort de ces bulles qui lui monteront bientôt à la tête mais tout d'abord je lui réponds que non, que sa compagnie m'est aussi agréable qu'un réveil de printemps. Cette idée lui plaît beaucoup. Il a changé tout à coup. Son rire est gras, ses mains sont moites et tout son corps s'envenime d'un grand bol d'air entre chaque esclaffe.

Il s'endort en m'écoutant... il s'endort mais tout ce qu'il entend il l'écoute jusqu'au dernier grain de sable. Je sais qu'il oubliera mon histoire mais pas ses aigus. Son être se rétracte dans la vie plus infime et pénétrante. Il tiendrait presque tout entier dans le creux de ma main ou dans le fond de mon coeur. Et malgré cela, le sommeil bénissant, je le porte contre moi à la mesure de mes entrailles, pour qu'au réveil, ruisselant, je me découvre le corps en larme.


(Illustration : 'Mains se dessinant' de M. C. Escher, 1948)
(Accompagnement musical : Daniel Johnston - The sun shines down on me, cliquez ici – C'EST UN ORDRE !)


20:46 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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