21/03/2007

Dès demain.


Vintage






J'appartiendrai au monde des souvenirs et je n'aurai plus personne à qui dédier mes verres. Je serai contraint d'écrire seul à la lie, de m'essuyer les lèvres avec une page. Et très probablement on me retrouvera mort dans un bain d'encre.
L'alcool a d'aimable qu'il ignore mon appétit nocturne, mes premières fièvres et mes lendemains blancs. Alors je tente de les ignorer moi-même et je me persuade qu'il a bonne place dans ma main, puis dans mon ventre. L'alcool me suggère à son tour qu'il me trouve bonne mine et bonne digestion. Il m'encourage à prendre la plume par la peau du cou et, avant que je ne m'en aperçoive, me fait écrire tout ce que je n'ai pas dit et dire tout ce que je ne pourrais écrire. Le résultat n'est que rarement surprenant, tout au plus les taches ont l'air de formes où des ratures ressembleraient vaguement à des mots.
Ce que je bois je l'écris ; la vie est un liquide que rien ne peut contenir, ni mon bras. Alors il tremble, il coule, - il balbutie. Ma main guignole au bout de ce bras, ivre, frôlant les rivages de la langue. Voici qu'elle commet sa première faute et s'emporte, et la seconde d'après c'est tout mon bras qui s'en réclame. Je le remets difficilement en place et lui propose un autre verre. Je ramasse les morceaux du précédent de l'autre main pendant que l'ivrogne à cinq têtes me tourne le dos. Il arrive fréquemment que je me coupe (c'est que les veilles de lendemains me perturbent toujours un peu). Malgré l'habitude je suis toujours surpris et ce n'est généralement qu'en me relisant que je remarque que l'encre a laissé place à du sang. Alors seulement je revois clairement la scène qui a précédé : les doigts de ma main blessée bien tenus par mon autre main elle rit, écrasés contre la feuille, guidés par quelque soif littéraire, patinant des mots obscurs - des mots que seuls les poisons provoquent.
Dès demain je me débarrasserai des preuves compromettantes. J'ouvrirai grand les fenêtres pour adoucir l'ivresse de l'enfermement, j'irai promener les rideaux puis je ferai le guet sous la cheminée. Je me tiendrai loin de la tentation d'écrire à nouveau. Et si ce maudit robinet ne cesse pas de sangloter je finirai par l'étrangler.


(Accompagnement musical : My Bloody Valentine - When you sleep, Cliquez ici)


02:15 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ah merde...j'ai encore tourné le dos et jme retrouve avec 60000 pages à la bourre. Pour me venger mon dernier post est très très long. Des bises froides.

Écrit par : medellia des ours | 25/03/2007

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