20/03/2007

Etoile de fond.


Visage dune jeune fille












Il est des choses si parfaites, si belles en ce monde qu'il n'y a de réconfort qu'à ne pas les contenir. Des mondes si troublants qu'on peut rarement les entendre et jamais leur parler. Et ces caractères insaisissables - vraiment, sont pour ma soif un grand délire. Ils m'appellent à grands cris sourds et me pénètrent lorsque je crois moi-même les pénétrer.
Si je devais familiariser l'un d'entre eux je dirais qu'il est pâle et creux : qu'il n'a de véritables trésors que si l'on interroge ses dedans, ses renforts et ses verrous. Il conviendrait que sa forme soit plus ou moins symétrique afin que j'y pose mes deux mains sans encombres, et si c'était un visage je chercherais les douleurs roses de ses joues pour les gommer avec mes pouces. Ce serait un caractère de tempérament : selon que je le regarderais de tel ou tel endroit je l'aimerais différemment mais toujours avec la même hébétude d'avoir sous les yeux un écrin. Nous éviterions les allégories et l'obligeance d'une courtoisie qui ne nous occupe pas. Si je devais l'aimer enfin je vous expliquerais qu'il ne s'agit pas d'un trompe-l'oeil mais d'un trompe-la-mort.
Il est des pierres précieuses en ce monde, comme les étoiles, à qui l'on n'ose dire que leur éclat est celui de la vie dans la mort d'un aveugle. Des êtres comme des moments, des paroles ou des regards, dont on espère que sous la peine et l'orgueil ils se réservent le droit de rire. Et ces considérations-là - vraiment, sont pour moi une bataille nécessaire. Car elles m'éventrent de jour et cousent la nuit.


(Illustration : 'Visage d'une jeune fille' de William Adolphe Bouguereau, 1898)
(Accompagnement musical : PJ Harvey - Happy and bleeding (demo), Cliquez ici)


18:42 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.