22/02/2007

Sur la pointe des ...


Calvert - The Spider and the Fly (1915)








"Le temps est un bateau, la vie est un gâteau." (Brigitte Fontaine)

J'ai dans la bouche un goût de terre, dans mes narines l'odeur du sang. Comme un caillou sous mon pied gauche, sous la plante, sous la peau. Je ne peux pas m'en défaire : je veux apprendre à le connaître, à marcher droit sur mes talons, à suivre l'onde de ses tracas. Alors je tousse : c'est un peu rouge, mais mes yeux ne me trahissent pas. J'aperçois la ligne d'arrivée, au bord de l'horizon, à la limite du raisonnable. J'imagine tout le sang de mon corps ne plus faire qu'un avec mes rêves, je l'imagine qui s'agglutine dans mon caillou. Donc je me promène, je marche sur mon coeur encore vivant, je l'éprouve tandis que j'essuie mon front d'une main assoiffée de vengeance. Je ne veux croire qu'au caractère exceptionnel de mes aventures, parce qu'à l'aube de ma mort je mettrai pied à terre pour contempler mes oeuvres, et qu'il me faut prétendre tout d'abord à l'indiscible pour ne pas voyager du commun des mortels au tombeau des souvenirs. C'est innocent pour de faux, puéril pour de vrai, mais j'ai cessé de grandir depuis plusieurs années. Alors je dois lever la tête, jouer des talons, tenir fermement entre mes dents cet équilibre futile que je me suis découvert à l'enfance. Il ne faut pas se méprendre : je n'ai pas peur de la solitude, mais elle n'a pas de raison d'être si je ne dois la partager qu'avec ce maudit caillot.

"J'apprends à vouloir tout et à n'attendre rien, guidé par la seule constance d'être humain et la conscience de ne l'être jamais assez." (Raoul Vaneigem)


(Illustration : 'The spider and the fly' de Calvert, 1915)


13:44 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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