28/01/2007

Ni cheval ni violon.


Steve Clayton - Best of friends
















Cortège de tambours loin dans la rue, loin dans l'écoeure. Cortège de visages de papiers, de mains froides qui se trompent puis se réconcilient. Je sirote une friandise en dansant sur ma chaise. Il me sourit, nous sourions sans pouvoir nous l'expliquer. Il ressemble à une grenouille avec ses deux yeux ronds comme des billes. Il gonfle, il gonfle, puis il éclate de rire. Nous ne parlons pas, ou très peu. Est-ce le stress de nos retrouvailles, quelqu'un a-t-il glissé dans nos verres quelque poudre amoureuse, éphémère ? Je souris sans prétendre comprendre sa joie, et je me dis simplement que je l'aime. Qu'il est beau quand il est avec moi, beau comme un frère dont l'âge ne s'envole pas. Je pense à mes petits cahiers, aux mots que j'y écris, à leur suite que j'interprète enfin. Il ressemble à ces mots, à tous les cahiers rangés dans un coin de mon être. Il est ma voix intérieure, mon guide sensationnel. Ce rire fou, plein de larmes, que j'abois entre mes dents. C'est un xylophage, un amuseur de chair, un trésor d'oxyde. Nous oublions pourquoi nous sommes là, pourquoi nous nous sommes donnés rendez-vous aujourd'hui. Je ne regrette rien ni personne, dieu qu'est-ce qu'il rit ! Je rêve d'une femme avec son coeur, d'un monde avec ses bras. Pourquoi les autres que l'on garde secrètement auprès de soi sont toujours loin, pourquoi donc mon âme manque à leur corps ? Il m'assure qu'il est bien là – pour combien de temps, ma friandise n'en finit pas. Nous parlons de nos autres, nous faisons la paix avec leur souvenir. Nous les évoquons sans qu'ils le sachent pour leur porter chance et ne pas les décevoir. Je lui explique combien la couleur me manque, combien elle est rare ici et il se marre ! Je lui raconte combien j'apporte de l'importance aux couleurs musicales plutôt qu'à celles qui dansent. Je lui dis que je suis là – pour combien de temps. Il rit et nous pensons tous les deux, au même instant, à la même chose : lorsqu'inévitablement nous nous retrouverons au bout du monde pour trinquer une dernière fois et saluer l'univers. Nos adieux ne ressemblent à nul autre, nos précautions au récit des grands royaumes.


(Illustration : Best of friends de Steve Clayton)
(Accompagnement musical : Mad Season – Wake up, à écouter ici)


16:59 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

"Parce que c'était lui, parce que c'était moi."

Écrit par : naylo | 29/01/2007

Parce qu'il faut bien songer à disparaître

Écrit par : Medellia | 05/02/2007

Parce qu'il va bien falloir penser à disparaître, laissons un sillage dans l'oeil d'un autre

Écrit par : Medellia | 05/02/2007

Les commentaires sont fermés.