21/01/2007

1+1=11


Georg Bartisch - Strabismic Eyes Male with Hood













Nous souffrons d'un mal ordinaire et de conséquences anodines : nous allons et venons au gré de nos besoins et non selon les conditions nécessaires à l'imprévu. Il faut que l'autre gagne nos faveurs à mesure que nous les décidons ; il faut qu'il nous ressemble, qu'il s'adapte et qu'il ne nous retienne que par les armes que nous aurons légitimisées. Nous lui reconnaissons tout ce que nous avons décidé pour lui, tout ce que nous cru bon lui révéler de nous même à travers ses propres qualités. Nous lui désirons le meilleur et qu'il réussisse là où nous aurions échoué, nous le convions à notre grande bétise car il ne pourrait vivre décemment sans la connaître. Voilà peut-être sa plus fidèle ennemie : celle-la même dont nous n'avons su nous défaire.
Je souffre d'un mal incompétent et de conséquences subversives : je vais et je viens au gré des rencontres que je considère et non selon leurs intentions véritables – dont je n'ai jusqu'alors qu'une rare idée. Je gagne vos faveurs à mesure que j'en dispose ; il faut que je vous aille, que je vous louche et que je vous atteigne là où nulle arme n'aura pu le faire. Je vous reconnais tout ce que nous avons pu entreprendre, tout ce que notre idéalisme a de semblable. Je vous souhaite le meilleur, loin de mes réussites et de mes erreurs, loin de tout ce qui nous aura rapprochés. Je vous convie à ma grande bétise car vous ne pourriez la reconnaître. Je vous donne raison parce que j'ai tort, je vous donne tort parce que j'ai oublié. Voilà certainement ma plus fidèle ennemie : celle-la même qui m'a fait vous rencontrer.
Tu souffres d'un mal d'hypothèque et de conséquences abusives : tu vas et viens là où j'ai déjà été, au gré de tes lacunes et de tes observations. Tu disposes de mes faveurs comme si j'en étais le seul souverain et toi ma seule reine, ma seule décision. Il faut que tu me ressembles, il faut que tu m'adoptes alors même que je t'ai abandonnée. Il faut que tu me récupères aux bataillons. Tu me reconnais tout ce qui te ravit, tout ce qui te donne l'impression de m'avoir toujours connu. Tu me désires tel que je l'étais, tu me souhaites comme je le serai : auprès de toi. Tu m'irradies de tes grands rêves, de tes grandes envolées au dessus des pierres. Voilà sûrement ton plus fidèle ennemi : celui-la même que tu pensais retrouver.


(Illustration : Solution au strabisme, de Georg Bartisch, 16e siècle)
(Accompagnement musical : Xiu Xiu – Clowne Towne, disponible ici)


01:10 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

haut-les-masques! Je t'ai reconnu, toi dans tes lignes droites, tu as cru que je ne te verrais pas filer à visage découvert! Nous nous sommes tous deux trompés, descend de ton chateau et on pourra faire semblant de tout reprendre à zéro.

Écrit par : naylo | 22/01/2007

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