03/01/2007

The end is the beginning...


Le trou de la serrure











Je n'ai plus la force de continuer. Les oiseaux-même sont morts en plein vol, ils planent à l'immobile, ils ont l'air de feuilles mortes. Je n'ai plus la force. J'ai décidé de tout arrêter, de tout reprendre au début, là où la glace est brûlante et la raison imprononçable. J'ai renoncé à la vie comme au sommeil : j'ai simplement fermé les yeux. Je les ai fermés. J'ai posé mes doigts au-dessus d'eux puis je les ai fait courir jusqu'à ma bouche. Ils ont piétiné mon front, voilé mes paupières, avant de se fondre entre mes lèvres. J'ai du mal à respirer. Mes lèvres ont l'air de feuilles mortes ; elles ne s'envolent ni ne s'écrasent. Mes ongles s'occupent de ma langue : ils la décorent, la taillent en pièces. J'enferme en moi de nouvelles galeries, de nouvelles et superbes résignations. J'ajuste leur cadre, je détermine pour chacune des emplacements de fortune où personne n'ira les voir. J'écris quelques chiffres sur une étiquette, et peut-être une couleur ou un nom, puis j'abandonne derrière moi ces souvenirs. J'ôte mes phalanges d'entre mes dents. Elles sont rouges, presque bleues. Je ne sais plus parler, ma langue me fait tellement souffrir que je manque de perdre connaissance. J'ai tout enterré dans ma mémoire, au songe des esprits et des immortels. Je goûte quelque chose de froid et de métallique. Je voudrais jeter ma langue aux oubliettes alors je me tais. Je la mords violemment mais je m'arrête aussitôt car je la sens devenir presqu'une clé. Rien ne doit plus sortir d'ici, rien ne doit plus s'échaper. Je tire un trait sur le passé. Je me recroqueville, les mains sous mon ventre. Le monde tremble par ma peau, s'écroule tout en elle. J'ai l'impression d'être un pion, une main, avec d'immenses doigts comme des corps. J'ai peur qu'il n'y ait plus suffisamment de place pour moi. J'enfonce mes genoux dans mes poumons. J'essaie de sortir la tête de l'os, de persuader le reste du monde qu'il existe des mains de six doigts, disciplinées et silencieuses. Je ne suis plus qu'une silhouette dissuasive qui tente de s'extraire de sa chair. J'exige comme je souhaite, je renonce autant que j'aime. Je suis le rêve au naturel, le somnambule sans alcôve. Je suis l'ignorance accomplie et la volonté impardonnable.


(Illustration : 'Lock' de AJ)
(Accompagnement musical : Arcana – My cold sea)


18:17 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

et les au revoir à ceux qui viendront.

Écrit par : fake | 14/01/2007

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