20/12/2006

Conciliation.


Donna (Padova medicine preparation)














J'essaie d'être vulgaire, j'essaie de toutes mes forces. Le matin lorsque le soleil m'apparaît je lui dis que tout va bien, je lui prépare à manger et à boire. Je fais semblant d'être maladroit pour qu'il m'empêche de terminer ce que j'ai commencé. Je tire les rideaux pour lui faire de la place et je m'assieds à l'ombre. Je feuillette le journal et je plains les gens. Je plains le monde qui fait les gros titres et ceux qui ne les lisent pas. Je lis la rubrique astrologie en commençant par la fin, mais je la lis jusqu'au début. Je n'y crois pas. Pourtant c'est rassurant d'apprendre des choses auxquelles on n'adhère pas. Du moins c'est ce que je m'assure de penser. Le facteur sonne, il est en retard. Je le préviens que mon chat est gros et qu'il a faim. Je signe ses papiers et je le laisse s'en aller. Il est déjà loin lorsque je referme la porte. Je prépare le repas. Je mélange tout dans l'assiette à l'aide d'une fourchette qui ne sert plus qu'à ça. Je mélange tout avant de l'enfouir dans ma bouche. Puis je prends le temps de séparer les aliments entre mes dents. Je ne dis rien. Je dispose des saveurs sur mes papilles. Je termine en laissant la vaisselle dans l'évier. Je la ferai demain comme d'habitude. Elle rejoint la vaisselle sale de la veille. Je regarde à travers le rideau de la cuisine. Je pense à me marier. J'imagine que je l'aimerai toujours quand je la tromperai avec une autre. Je pense à ses larmes, à mes mains sur ses yeux. Elle devra me croire si elle tient à nous. J'allume le poste de télévision. J'écarte les jambes pour ne pas m'endormir. Je maudis les gens que je plaignais ce matin. Je leur souhaite d'être riches, célèbres et laids. Je leur souhaite toute la laideur dont je ne me sens plus capable. J'aime croire que je suis riche et célèbre, j'aime les gens crédules. Je prends les problèmes des autres pour les miens. Le soleil finit sa digestion derrière un banc de nuages. J'adorerais qu'il pleuve. Je consume la journée dans mon cendrier. J'écris une lettre destinée à leur faire croire que je pense à eux. Suffisamment pour leur écrire, pas assez pour les supporter. Je laisse la télévision en suspens et j'allume l'ordinateur. Je gribouille deux-trois choses en murmurant. Je discute à droite à gauche. Comme ce matin je me dis que tout va bien, et je me fais violence à tous leur répéter. J'écoute les faillites de l'un, les surprises de l'autre, et je les échange. Je suis remercié alors je redescends à la cuisine. J'ouvre la porte du frigo. Je manque de tomber. J'imagine que je suis saoul et que je peux tout avaler. J'imagine que la journée fut difficile. Je rejoins une nouvelle fois la petite lucarne. Le malheur des autres est certainement dû au fait qu'ils ne connaissent pas le mien. Je manque encore de prétention peut-être. Je suppose qu'il est moins évident de se plaindre que de se répéter. J'assiste à quelques divertissements. Certains sont résolument brouillons, d'autres s'estiment niveler par le bas. Ni l'un ni l'autre ne me conviennent. Je vais me coucher. J'échappe au suicide car c'est la première idée qui me vient à l'esprit. Je ne veux pas mourir, c'est d'un commun. Je préfère devenir vulgaire.


(Illustration : Donna, Padova medicine preparation)
(Accompagnement musical : I Am X - I like pretending)


21:30 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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