17/11/2006

Cuisine nocturne. (15 novembre)


FIL4a








Cette nuit j'emprunterai un bateau dont j'aurai choisi le nom, je mettrai bas les amarres et je m'en irai pour toujours sur les flots d'une mer calme et docile.
Cette nuit je prendrai les armes et j'irai les enfouir au cœur d'un volcan ; plus tard il y poussera une grosse fleur, si belle qu'elle effrayera les vivants.
Cette nuit je volerai un avion pour lui couper les ailes avant de le plonger dans l'océan, ensuite je grimperai à bord et j'irai découvrir les fonds marins.
Cette nuit j'ordonnerai aux chats d'aboyer et aux chiens de se taire, je remplacerai les animaux du zoo par nos politiciens et je décrèterai la loi nuptiale pour tous les vieux mariés.
Cette nuit je t'emmènerai voir le pays de tes rêves, et nous resterons l'un dans l'autre jusqu'au lever du soleil.
Cette nuit j'irai faire un tour du côté de chez moi, là où rien n'a d'importance : ni le mensonge ni ce que l'on pourrait croire être la vérité.
Cette nuit je me réconcilierai enfin avec les démons de mon enfance, j'installerai un duvet confortable sous mon lit et un hamac dans le placard.
Cette nuit je ne grincerai plus des dents, j'en profiterai pour les laisser sous l'oreiller avec en leur milieu un bout de parmesan.
Cette nuit je ferai les courses pour un an, je salerai la cave et j'isolerai le grenier avant d'y poser des pièges contre les plus gourmands.
Cette nuit je t'apprendrai à danser : tu grimperas sur mes pieds et nous valserons jusqu'à la prochaine plage de sable fin.
Cette nuit je n'adresserai pas un regard au plafond : je lui en ai déjà trop dit ou pas assez, alors je me concentrerai sur le plancher qui supporte mes nuits depuis que le monde est monde.
Cette nuit j'irai décrocher la lune ou du moins j'essaierai, et si je devais me blesser ou tomber de haut je ne doute pas que tu m'attendras.
Cette nuit j'irai défier le jour de revenir et nous combattrons dans un duel à mort dont je ne pourrai que me réveiller.
Cette nuit je soufflerai si fort dans un ballon qu'il nous emportera là où le vent est né et se repose, là où la terre s'effondre en riant.
Cette nuit je me couperai les paupières pour qu'aucune de mes nuits ne ressemble à la prochaine.
Cette nuit je sortirai mes pinceaux pour donner au racisme le plus beau teint qui soit et je crêperai si fort ses cheveux que la démocratie même ne le reconnaîtra pas.
Cette nuit je remplacerai les pommes par des poires, les prunes par des abricots et les cerises par du raisin.
Cette nuit je brûlerai dans les flammes éternelles d'un brasier qui porte ton nom et je laisserai derrière moi les cendres de notre amour.
Cette nuit j'obtiendrai de la vie qu'elle me laisse mourir en paix.


(Illustration : 'L'usine à rêves', hiver 2003, Jemeppe s/ Sambre)


16:37 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

je lis et je relis tes textes magnifiques

Écrit par : salomé | 26/11/2006

Ah Madame, Vos mots manquaient,
et vos surprises culinaires...

Salomé...Vialatte...aussi...

(m'est d'avis que nous nous verrons dans une quinzaine de jours chez notre poissonnier !)

Écrit par : Cru | 30/11/2006

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