17/11/2006

Atomes crochus. (11 novembre)


Que n'accepterait-on pas de ses amis ? La semaine dernière encore j'ai pu constater à quel point l'exclusivité d'une passion ou d'un savoir pouvait forcer n'importe quel individu au mépris le plus désordonné et innocent qui soit s'il était pris à parti.
Prenez Jean-Claude, petit homme rondouillard et prétentieux à juste à titre ; sa connaissance du genre, du sens et de la direction en font un puits de science pour qui ose l'approcher. De plus Jean-Claude est enfant unique et l'aîné d'une confrérie amicale d'origine aussi peu raisonnable qu'elle ne fut jamais l'objet d'une étude approfondie.
Prenez Michel, jeune étranger francophone au cou si large que sa nationalité n'y suffirait pas pour l'expliquer. Il vote à la bonne mais à droite tout de même, appartient à une famille de chasseurs dont le premier dessein est de combler tous les murs du séjour et est venu ici pour profiter autant d'un système que de la mentalité qui va avec.
Mettez Jean-Claude et Michel ensemble dans un endroit clos, contraignez-les tous deux au même régime de faveurs, faites-les signer un règlement qui déterminera pour l'avenir la responsabilité de chacun dans l'un ou l'autre sujet de discorde. Et comme de toujours, jouissez de la rapidité avec laquelle le premier et son second tenteront de détourner le principe communautaire au profit de la raison du plus fort. Empêchez-les de se voir quelque temps, puis réunissez-les autour d'amis communs à l'occasion d'une rixe soutenue et encadrée telle un jeu de société. N'oubliez pas d'accompagner l'exercice de parfaits inconnus, toujours là pour répondre de l'impartialité d'un jugement trop pressé. Observez.
Michel mord sur sa chique tandis que Jean-Claude, tout de bon droit qu'il pense, prend un malin plaisir à désarçonner son adversaire en l'affublant de coquetteries aussi vulgaires que déplacées. Autour de la table la tension devient palpable, on s'excuse l'un à la suite pour les fautes de son prédecesseur, on contourne les règles du jeu pour satisfaire tout le monde,... Pourtant la scène s'envenime, et finalement c'est l'explosion dans un grand débarras confus et malpoli. Untel reçoit dans la figure la tarte qui n'était destinée qu'à son voisin, et doucement Jean-Claude se lève pour prendre congé alors que Michel roule des billes sans mot dire. Finalement Jean-Claude s'en va après son coup d'éclat visant à démontrer la juste place qu'il occupait.
Restent les indésirables, les convives et leurs hôtes, pris à parti sans qu'on leur en demande le consentement. Il semblerait qu'enfin la situation soit tangible et pourtant il n'en est rien. Cousin-machin défend machin-chose, truc-bidule attaque son vis-à-vis,...pendant que d'autres, plus conciliants peut-être, se taisent alors qu'ils ont quelque chose à dire. Et tout d'un coup c'est comme si Jean-Claude n'avait jamais été là, sinon ses paroles qui nous hantent encore ; comme si de peur de l'avoir froissé lorsqu'il était sorti de ses gonds nous profitions maintenant de son départ pour nous l'expliquer à la hâte.
Résultat : Jean-Claude n'en saura rien et c'est très bien ainsi, Michel n'aura d'autre choix que de s'en faire une bonne ou une mauvaise raison, le jeu de société tombera aux oubliettes, et nous aurons alors tout le loisir de discuter le comportement de l'un et l'autre les jours suivants sans qu'aucune résolution ne puisse en être l'issue véritable.


(Accompagnement musical : Cindytalk – Everybody is Christ)


16:22 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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