17/11/2006

À propos du chant des cygnes. (11 novembre)


FIL5


















Je pourrais l'écrire à la troisième personne du singulier, je pourrais dissimuler l'identité de chacun derrière les sobriquets les plus sinistres qui soient, je pourrais promettre que l'on ne m'y reprendra plus, que nos différents n'étaient que fortuits ce jour-là. Je pourrais précéder ce qui suit d'une photo dont chacun se ferait sa propre idée et conclure en musique pour témoigner de la bonne santé de mes écrits. Je pourrais en faire des tonnes ou des grammes, des pieds et des mains, que tout ceci n'échapperait pas moins à votre jugement de lecteur. Je pourrais prétendre que leurs fautes ne sont pas les miennes, que les mots qu'ils n'ont pas laissés s'envoler ne m'importaient pas et que comme Monsieur Tout-le-Monde je sais bien que d'être seul suffit largement à mon malheur. Je pourrais rétorquer à qui voudrait le lire que je n'accepte ni les compliments évasifs ni les conseils indirects, que je sais qui je suis et où je vais. Je pourrais le crier sur les toits, l'écrire jusque dans les nuages, personne ne me croirait, personne ne prendrait simplement ces mots pour ce qu'ils sont – car nous avons tous ce besoin que tout ce que nous désirons nous appartienne, ce compris nos lectures. Je pourrais vous parler de la mort, de l'échec, de la disparition, de l'abandon, du soulagement, de l'exubérance, de la passion, de la solitude, de la fidélité, de la jalousie...mais rien de ce que je pourrais vous en dire ne vous étonnerait, non que votre avis soit déterminé en toute chose mais parce qu' il est d'une curiosité écœurante que d'en vouloir discuter aujourd'hui. Je pourrais vous dire combien je vous aime, même singulièrement, même régulièrement, vous me demanderiez pourquoi ?. Je pourrais vous répéter mille et une fois ces mots dont le sens ne vous est pas inconnu mais que pourtant vous galvaudez dans d'atroces banalités, je pourrais vous expliquer combien l'adage d'être seul plutôt que mal accompagné ne signifie rien pour moi, combien il est préférable pour quelqu'un de connaître ses ennemis plutôt que de les imaginer. Je pourrais vous parler de cette petite voix dans ma tête qui me dicte ces mots, de ces amis imaginaires qui ne sont rien d'autre que le reflet d'amitiés lancinantes avortées. Je pourrais vous féliciter d'être arrivés jusqu'ici, et d'en savoir si peu sur moi mais bien assez pour en parler quand je ne serai plus là. Je pourrais vous obliger à croire tout ce que je dis, parce que cela vous ferait sourire ou souffrir ; vous prétexter que je n'écris sans autre but que celui de vous déplaire, que je me délecte de votre appétit sans foi ni lois. Je pourrais vous répondre que rien de tout cela n'aura d'importance lorsque je ne serai plus là pour l'écrire si ce n'est pour votre inconsolable besoin de mémoire. Je pourrais vous montrer comment je suis tour à tour sarcastique, ironique ou synthétique. Je pourrais vous raconter combien je suis fier que vous me lisiez alors même que nous ne nous parlons plus, mais cela nous empêchera-t-il de recommencer ?


(Illustration : 'Courbes et pluie', décembre 2002, Sprimont)
(Accompagnement musical : Novo Homo – The King of obscene)


16:29 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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