06/11/2006

Désordre impromptu. (4 novembre)


Voilà plusieurs heures que je tourne en rond alors que d'innombrables pensées furtives et criminelles cheminent le discours silencieux dont je m'entretiens, m'envahissant en d'autant d'endroits susceptibles de me faillir que je possède de meurtrières. C'est un va-et-vient constant de lames tranchantes à mon endroit, aiguisées sur la roche de ma raison qui, au lieu de s'enfuir loin de mes considérations, me toisent, me jugent puis me foudroient en des éclairs trop peu discrets. Je m'arrête un instant au beau milieu de la pièce, tout semble vide et désert autour de moi, tout semble au repos - non comme le reflet d'un orage sur l'océan mais plutôt comme la patience désinvolte et trompeuse d'un marécage à l'affût. J'ai l'impression de m'enliser : je voudrais pénétrer le cœur des choses jusqu'au cou... Pourtant mes pieds touchent encore le sol, et je rêverais presque ne plus les savoir, ne plus les subir ni les écouter. Voilà plusieurs heures que je tourne en rond, mais le sol n'en témoigne ni le passage ni la clémence. Peut-être ai-je tourné en m'éloignant ou en me rapprochant d'un centre invisible en prenant garde sans le savoir de ne jamais suivre ma trace ; peut-être même n'ai-je pas bougé du tout et que tout en moi m'indiquant la mauvaise tournure des évènements je n'ai fait que l'anticiper. Drôle d'idée malgré tout que de vouloir piétiner les rondes au centre d'une pièce carrée, moi qui ait toujours considéré ce besoin de me cacher, de me blottir jusque dans les recoins les plus infâmes de ce monde, comme d'une nécessité viscérale. Alors je décide de m'éloigner de l'endroit où je me suis arrêté et de partir à la rencontre de ces quatre murs qui me railleraient s'ils pouvaient s'en vanter. J'y vais maladroitement, comme à mon habitude, toutes paumes dehors et je tâtonne, je tente de les percer à jour. Sur le premier j'écrase un doigt puis l'autre, du second j'observe la résistance en lui appliquant de petits coups d'ongles bien sentis. Mais rien ne se passe, et à nouveau je me promène dans une boucle, nouvelle et singulière. Je voudrais que mes poings puissent mieux y faire : je voudrais qu'ils pénètrent le ciment, qu'ils délogent la brique... Mais rien ne se passe, et je rêve ne plus les avoir, ne plus les connaître ni les entendre se plaindre. Je m'adosse à l'un des murs puis je m'écroule avant de fixer le plafond. C'est un plafond banal et de dimensions respectables au vu de la pièce qui l'abrite. Pourtant je ne suis pas loin de sombrer dans l'hypnose et d'oublier pourquoi je suis à terre en train de chercher un ciel absolu qui n'a jamais existé sinon par l'intermédiaire d'une fenêtre ou d'une vulgarité cousine. J'imagine donc qu'il pleut dehors et que chaque fracas provoqué par une goutte attire mon attention sur une parcelle de mur ou du plafond. Mes pupilles se rétractent et voltigent d'une brique à l'autre, d'une poutre à la suivante. C'est un immense charnier en spirale qui faisande mon front, broie mon estomac et distraie quelque peu mon attention. Alors je sens monter en moi un vertige douloureux et profond, à peine freiné par l'adrénaline que je suis encore en mesure de produire. Et tout se met à tanguer dans un long sifflement de vociférations sourdes lorsque soudain je tourne de l'oeil avant de finalement m'épuiser de fatigue.


(Illustration imaginaire : Derrière le dos du désir, de Leonardo Cremonini)
(Accompagnement musical : Xiu Xiu - Muppet face)


12:18 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

why does it always rain on me ? disait un ami anglophone

Écrit par : Personna grata | 12/11/2006

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