27/09/2006

disparaître ici... (16 septembre)


Francis Bacon

















Ce matin je me suis réveillé en avance. Le soleil se passait encore de l'eau sur le visage que j'avais déjà quitté mon lit pour rejoindre la fenêtre et railler le retardataire. Je me sentais bête et ivre à la fois.
Et c'est cela qui me permit de ne pas tomber par-dessus bord lorsque je découvris mes bras : les malheureux tout rabougris, cheminées comme de la vieille terre ; c'était comme si toute curiosité s'en était évadée. Qu'ils sont idiots j'ai murmuré.
Alors j'ai regardé mes jambes mais elle ne présentaient pas mieux : la parenthèse évasive qu'elles décrivaient ressemblait à s'y méprendre à de la moquerie. Mes pieds tout au bout ronds comme des billes, les ongles véritablement incarnés. C'est stupide : je suis toujours debout !
J'ai soulevé la carapace recouvrant mon buste pour l'hiver et quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'y découvris en lieu et place d'une grosse armoire un entonnoir dont, l'extrémité dans mon dos, je ne pouvais deviner l'issue. Mécaniquement j'y plongeai la main, puis la seconde. Si quelqu'un me voyait, quel imbécile ! me suis-je dit.
Le soleil, pimponné depuis longtemps, m'embrassa alors que je me disputais l'allure. M'extirpant le miroir de la bouche, je me pris à souffler par ricochets vers mon regard pour l'éteindre, mais plus je m'appliquais plus il me brûlait. Ni une ni deux, j'ai roulé sous la couverture. Quelle drôle d'absurdité j'ai pensé avant de tomber amoureux.


(Illustration de Francis Bacon)


14:33 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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