31/08/2006

à l'Angle de












Je viens de m'écharder sous l'emprise, je viens de me limer la colère. Tout coince, tout rentre et sort. Courant de chair, peau qui claque. Quelle douce ironie que ce corps qui tend et craque - battant mal huilé, quelle triste empathie que je lui ordonne. Il a suffit d'un réflexe pour que je me coupe, d'un geste rustre pour que mon être entier s'immobilise en pointe. Je désaltère la blessure sans attendre. Je rage, je cogne, je fissure. C'est idiot tellement ça saigne, c'est idiot tellement ça fuse. Un coton, deux cotons, trois cotons... j'aimerais dormir mais l'éther même m'abandonne à la douleur. Je cagne, je foule, j'extorque. Mais rien n'y fait. Peut-être en bouche, peut-être entre le pouce et l'index. J'appuie un peu plus fort. Tangue et dérives. Je prends l'eau mais la salive me manque. Je presse à nouveau. Rien. Je serre les cris qui tenteraient une échappée. Mes yeux se vident vers l'intérieur. J'applique ; à peine une larme, une demie goutte grossière qui cabosse sans rebondir. J'essuie, j'enroule, j'essore. Le garrot est vague et subjectif. Une nouvelle fois j'essaie. J'écrase, je noue, j'étire. Rien. La déchirure s'invite plus profondément encore, vaste et chaotique. J'aimerais que la foudre vienne à mon secours. Dresser le poing vers le ciel. Premier éclair inattendu. Je manque d'être lucide. Quelque chose roule sur le sol, sous mon pied. Je m'accroche tentant vainement de ne pas glisser. L'émail de l'évier sous mes ongles jusqu'au sang, je m'acharne. La pince rentre et sort. J'ai peur qu'elle finisse par ne plus ressortir. Je soulève, je remue, je suffoque sans hésitation. J'ai peur d'en finir. De l'eau bouillante, de l'eau vierge et volcanique. Je tamponne, j'exige, je nettoie puis je souffle comme un vieillard gâteux. Chandelle, trente-six, chancelle. C'est maintenant mon doigt qui s'enlise, ma langue que je mords. Je force, j'avale, je grince. Je ne veux perdre la moindre miette de ce corps. Alors je dissimule sous mes cheveux, sous mes bras et entre mes jambes. Je montre les dents, un peu plus, un peu plus fort - mes lèvres sont presque disjointes à présent. Je frappe, je hurle sans un cri, je me regarde et je ne vois rien. Rien d'autre que l'objet de mon entreprise. Je laisse l'étreinte s'envoler. Moue minuscule, amère. J'éponge, je chiffonne et je jette. Je regarde là où tout devrait être propre mais tout est sale. Je ferme les yeux, j'invite les ténèbres à me rejoindre, je les porte à ma bouche - quelqu'un toque à la porte.


(Illustration : Verwundeter de Otto Dix - 1916)


21:08 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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