16/08/2006

##### WAIT




















Je fais des pointes sur le bout des pieds, je fais les angles avec les mots, avec mes yeux, je fais le guet du somnambule. Faut-il ponctuer encore ? Puisque je suis coupable je ne peux m'y résigner. Je fais des flèches : je suis ici~tu es là-bas, je fais des voeux criblant le ciel. Mon paradis pour ses griffes, toute ma folie pour chacune des vérités de son corps, toutes mes promesses, tous ses mensonges, tous nos secrets. Je fais des ronds dans l'eau avant de prendre le large car il n'y a pas de fumée sans feu, pas de crabes sans princesses, pas de prisons sans amour. Je fais des histoires pour pas grand chose, des nageoires pour autant de vagues. L'océan nous appartient, la langue des signes et les coins sombres coquillages nous appartiennent. Tout à donner, tout à recevoir, tout ou rien. J'aime nos absences tes grands cris mes sottes d'humeur, j'aime nos victoires mes traits d'esprit tes traits d'union, j'aime nos alentours. Et lorsque tu te précipites il y a de la chimie dans l'air, il y a ces dépots salés dans mon ventre que je ne vendrais pour rien au monde. Lorsque tu te précipites c'est tout un paysage qui s'ouvre à moi : nul autre horizon que tes cheveux - l'orage si ce n'est ton front que j'embrasse, nulle autre guérison que tes mains. Je fais les cent pas à vivre la terre meuble notre cercueil, je coule mon encre sous les eaux qui nous ont vu naître. J'occupe l'espace pour en gommer les contours lorsque tu me fais face, j'occupe le temps à le tuer. Sans rien dire j'occupe tes victuailles afin qu'un jour je t'en rappelle la recette, j'occupe le silence et les ruches nos musées. Je coule ce miel parce qu'il est ivoire et abondant, nous butinons. Nous butinons quelque trésor - je rêve. Il n'y a pas à savoir ce qu'il est exactement, nous y goûtons et très justement nous le savourons en connaissance de cause. La fatigue, le désarroi, l'accoutumance, le climat et la dépendance - je n'ai pas peur, plus depuis que je ne dors sans toi. J'occupe le temps à regarder son ombre et je dois te dire : elle a beau grandir chaque jour un peu plus, le temps ne fait que grandir chaque jour un peu plus aussi. J'ai laissé se faner trop de tombes, que veux-tu, je ne connais rien qui ne donne moins soif que la pierre. Planter des fleurs aveugles résoudrait beaucoup de nos désordres. Planter des corps sans visage, pour nous tenir au chaud et ne jamais leur conter fleurette. Plantons des tours et remparts autour de nos oasis : que la mauvaise herbe tente désespérément de les conquérir, et jouissons de notre seul eldorado loin de nos acquis et des déserts humides. Comme un taureau devant l'aurore je fais les cent pas pour te rejoindre trois fois quatre à quatre ma douce.


(Illustration : The kiss de William Mortensen – N'hésitez pas à chercher les photographies : "The pit and the pendulum", "Human relations", "The spider torture",...)
(Accompagnement musical : Sébastien Schuller – Tears coming home - Cliquez ici, "Stimuli")


17:47 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

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Mais il y a ton sourire...

Écrit par : M* | 16/08/2006


Un sourire qui ne "pardonne pas", oui.
Un souvenir qu'il vaut mieux oublier, certes.

Alors cesse de t'y accrocher comme une Madeleine
et jongle à ton tour !
Car celui qui me dessine aujourd'hui n'appartient
qu'à ceux et celle pour qui j'écris.

Écrit par : Aem[a]eth | 17/08/2006

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