14/08/2006

d'un simple regard












La haine me déchire comme c'est horrible ! Comme c'est trouble et amusant. Je voudrais rire mais le coeur n'y est pas, toujours à l'étrenne celui-là. Monsieur le joyeux rutilant au premier plan, c'est du joli. Mais monsieur est un menteur comme les autres, il a les artères moites dès qu'il s'affole. Alors vient ce moment fastidieux où le corps est indigeste, invivable de l'intérieur. Période de tension pendant laquelle s'il suffisait que j'avale ma main pour en extraire mes fossiles je n'hésiterais plus une seconde. La haine viscérale oui, cette prison qui conditionne même ma chance lorsqu'elle se présente. J'ai le bonheur grossier et sans manières c'est un fait. Mon bonheur rit, pleure, chante à table, il s'éparpille partout où il peut si bien qu'on ne le remarque pas. Sauf moi. Je m'écroule sur le sol, sur les gens, sur les murs, je m'écoule roche friable. Je suis mon public préféré et ma plus belle pièce, un avocat du diable à mi-temps - parce que je ne sais rien faire à part me dépecer petit bout par petit bout. Je joue de l'effet de surprise, ça dure un temps, un certain temps... Tout doit revenir au minuscule, toujours. Ce n'est pas forcément rassurant, c'est juste "plus facile". La haine me rend bête, plus bête que je ne l'étais. Elle s'impose pour prendre toute mon attention, toutes mes forces. Et parce que je suis bête elle ne se manifeste que lorsque je suis seul, manifestement seul et le poing dressé. Parce qu'une fenêtre ne tient pas sans mur il faut qu'en plus d'être bête je m'en fasse une raison, mais la raison entre quatre murs se cogne bien de trouver la sortie. Comme tout est minuscule ! Comme ces fenêtres sont trop petites, les rideaux jamais assez épais. Tout est incroyablement petit et froid. La haine pique mes joues, brûle ma nuque et crispe mes doigts. Elle attaque chaque chute de mon être et chaque éclat de mon âme. Elle aurait tort de s'en priver, ma pauvre prétendue, ma seule prétendante : la pauvre humanité de mon âme ! Ne lui marchez pas dessus, ne baissez pas les yeux non plus : il faut la piétiner à l'instinct, ne jamais lui laisser de répit. Il faut la précipiter vers la fenêtre close cette haine qui me savoure, qui me ronge le poème de ses vers acides. C'est au fer rouge qu'elle me condamne sous un regard de cicatrices. Je ne pleure plus car mes larmes sont aussi minuscules que ma peine est grande : c'est un pari perdu d'avance.


(Accompagnement musical : Slint - Good morning Captain (live à Chicago 1989)- Cliquez ici)


07:53 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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