11/08/2006

Confluent.













Rien n'est jamais pareil. Ciel mitigé, suspendu ou écroulé ; terre frileuse, graville ou baveuse. J'y suis étranger au point que la vue que j'aperçois ne m'appartient pas, ces mains tendues ne sont pas plus les miennes. J'ai l'impression de flotter derrière moi, ni vraiment flotter ni vraiment derrière. La lumière est forte et persistante : que je voie le malheur s'abattre sur moi. Sa figure m'importe peu car elle change avec le temps, mais il faut que je puisse la voir lorsqu'il me fixe et lorsque je me retourne. La lumière complice du charlatan sur ses terres ; je voudrais trouver l'obscurité pour m'y enfouir, m'y enterrer. Je voudrais trouver la paix dans le noir le plus complet. Le vent qui caresse ma peau l'empêche de respirer et mes pieds pèsent pour mes deux jambes, mais je ne veux pas m'arrêter, et je ne peux tourner le dos. Je sais qu'il sera là et je connais la forme de son sourire. Toujours ces ombres au long de ma course, leurs visages caméléons... je voudrais qu'elles m'attrapent, me couvrent de leurs bras pour disparaître en elles. Mais comme toutes les ombres elles ne sont que des oiseaux de passage, juste le temps de me regarder puis elles s'en vont. Parfois j'en pleure, enfin je le crois : ce n'est qu'une petite mort fabuleuse, des adieux en chanson. Sauf qu'il n'y a pas de fleurs, et que personne ne chante. Je ne cesse de courir : je ne ressens ni la fatigue ni le danger, j'ai simplement cette obsession de fuir de l'avant, parce que je devine derrière moi cette révélation funeste à contre-jour qui m'aveuglera pour me surprendre. J'imagine courir sur le corps d'une femme, j'imagine être l'auriculaire avec une tête en forme d'ongle. Un corps de sable sur lequel épuiser ma peur, je l'aurai à l'usure quitte à y laisser ma peau, cette peau qui n'est plus à moi. Je rejoindrai la sienne, je deviendrai son ombre. Et à son tour elle rêvera de moi.


(Illustration : photogramme de 'My Nightmare' de Richard Kern, 1993)
(Accompagnement musical : 'Tonte' de Patrick McGinley, enregistrement binaural d'un rasage électrique crânien réalisé avec via des micros insérés dans les oreilles - à écouter au casque - Cliquez ici)


07:20 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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