25/05/2008

Orchestra stuff.


Tomoko Gazou par Yasunari Ikenaga


























Fa         Mi         CRé         Do


(Tricot : Tomoko Gazou de Yasunari Ikenaga)
(Machine : Uncle rat de Sharron Kraus, cliquez ici)


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21/05/2008

RonRon


Dream (1910)










la lune a bon dos.


(Esquise : Dream de Imogen Cunningham, 1910)
(Y control des Yeah Yeah Yeahs, cliquez ici)


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19/05/2008

Petits nourrissons suicidaires.


Tamagno - La Bière est nourrissante (1900)







BRUXELLES Les garçons qui pesaient moins de 2,5 kg à leur naissance et mesuraient moins de 47 cm, ont clairement plus de risques de commettre un suicide à l'âge adulte que ceux dont la taille et le poids étaient plus importants, révèle une étude suédoise publiée dans le Artsenkrant, l'équivalent flamand du Journal du Médecin. Les chercheurs se sont basés sur les données de quelques 320.000 hommes nés en suède entre 1973 et 1980. Les données concernant leur naissance ont été mises en rapport avec les données liées au suicide et tentatives de suicide. Par exemple, il semble que chez les garçons, un faible poids à la naissance (inférieur à 2,5 kg) et même un poids de naissance relativement bas (compris entre 2,5 et 3,0 kg) soit lié à un risque élevé de tentatives de suicide à l'âge adulte.

(Metro, collection personnelle)


(Illustration de Tamagno, 1900)
(Leitmotiv musical : I've got a gun de NoMeansNo, cliquez ici)


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14/05/2008

Accords et retors.


Antoine Josse - A 2cm1 et 2aku7Des yeux d'hirondelle. Nichés au coin des lèvres, blottis au fond des joues. Ronds comme des billes. Des yeux frou-frou, des vrilles klaxons. Des yeux ramoneurs. Ravis par la cendre, conquis par les braises. Miroirs de flamme, ténèbres d'hiver. Des yeux comme on n'en fait plus : les blancs battus en neige, les rêves battus au fer. Des yeux rouges, verts, bleus. De toutes les couleurs, de toutes les religions. Cernés par la vie, bossus par amour.

Des mains de velours. Plongées sous la taie, enfouies dans la vie. Des mains carrosses jusqu'à minuit. Des mains caresses jusqu'à l'aurore. Compagnes de l'arbre, campagnes du corps. Cueillette de mains, compote de doigts. Sucrées jusqu'à la trogne, sauvages jusqu'aux pépins. Des trônes de mains où les nuages font la sieste. Des branches de doigts où les oiseaux comptent fleurette.


Des jambes de gazelle. Zebrées par les herbes, parfumées aux étoiles. Complices et libertines. Des jambes d'échelle, jusqu'au septième ciel. Des jambes d'écharde. Têtues, savantes, et insidieuses. Grimpantes et vivaces. Des jambes sinueuses, lézardes, fourbes comme les langues. Des jambes à son cou. Fugueuses nocturnes, déserts torrides. Des jambes à n'en plus finir.


(Illustration : A 2cm1 et 2aku7, Antoine Josse)
(Accompagnement musical : City of sirens, Grenouille - cliquez ici)


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16/04/2008

Avant toute chose


Josef Vachal - Jarn  noc...deux années de vie commune, à confondre le téléphone en excuses, à bâtir nos frigidaires en igloos, à peser le pour et le contre, à renverser la vapeur, à divertir les prétendus. Deux ans. Et elle ne m'a même pas reconnu. "De l'eau a coulé sous les ponts" oui, mais l'eau n'efface rien, elle divulgue, elle provoque, elle réclame, mais jamais elle ne se rend maître de la situation. Quelque chose a dû couler, quelque part, autrement. Moi-même je ne l'ai reconnue qu'à la vue de son soupirant. Deux années...à courir les lucioles, à vomir nos entrailles, à jongler les minutes, et l'oubli pour seul réconfort. Quelques lignes pour mettre un terme à l'inoubliable. Quelque pas pour rentrer chez moi, à travers les limaces qu'un sursaut climatique a surpris, à travers les feuilles qui ce matin encore flottaient plus haut que moi. Quelques pas jusqu'à la porte, avec sur les bras l'intime conviction que je tomberai nez à nez plutôt que bouche à bouche.

Baisser les yeux, pour la première fois de la journée. Compter les pas, les lignes, les années, les virgules et les points. Compter les mots qu'il faut pour lui dire au revoir et tourner les talons en toute impunité. Compter le nombre de chutes évitées aujourd'hui. Compter les quelques, les presque et les à peu près. Compter les comptes qu'il a fallu pour en arriver jusque là, à ce point que la bêtise ne maîtrise plus. Oublier mon ingratitude, mon impatience, ma langue fourchue. Faire le point (grossier et au bord de la ligne). Oublier les secondes après la virgule. Oublier combien de fois il a fallu oublier. Pauvres limaces sur le bord du chemin, incapables de marcher ou de compter. Demain elles ne me reconnaîtront pas. Moi non plus.


(graffiti de Josef Vachal, Jarn Noc)


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14/04/2008

"Limelette video results"



... on fait comme on peut.


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12/02/2008

In vitro


Jacques Fabien Gautier d'Agoty - L'Ange anatomique (18e)
Bâillonner la porte,
coudre les fenêtres.
Les cieux au garde-à-vous,
les orages en rang d'oignons.

Écrire vivre.
Écrire retour.

Des épingles, des culs-de-sac.
Des barreaux à l'unisson.
Des chutes.



Écrire silence. Écrire silence. Écrire silence.
Écrire silence. En pagaille. Écrire silence.
Écrire silence. Écrire silence. Écrire silence.

Dans l'œil du vent.


(A cappella visuel : L'ange anatomique, de Jacques Fabien Gautier d'Agoty, 18e)
(Illustration sonore : Electric mayhem, Don Vito – cliquez ici)


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23/10/2007

Prologue au funeste destin de Narcisse.


Pulsations En tout lieux de l'âme, sa vraisemblance, son repentir. Chagrin d'ivrogne, fièvre du voyou, gangrène des astres – boucan des poètes ! Tout tient sous sa main : droit, et noble. Tout, dans le ravin de sa voix. Depuis la plainte de l'arbre au frisson du vent. Ligne de fuite, vertige de l'hameçon. Simulacre d'alchimie sidérale et cosmopolite. Myriade tous publics. Son ombre sur la terre, son ongle sous la peau. Figure facétieuse des paradis de chair. Rumeur féroce du silence. Tous les vestiges et les couloirs des possibles. Le rêve en forme de poire, le cauchemar en habits de lune. Pénétrés d'habitudes, transis de curiosité – mille éclats de chute.


Que l'on m'étrangle à rebours
Par la peau des coups
Des probables et de la rigueur
De toute mathématique

Le ciel est mot, en vain.


(Illustration par ses yeux)


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05/09/2007

Rentrée littéraire.


Ginjiro Mawatari - Visage d'enfant












indigeste - l'excusez du peu.

(Ilustration : visage d'enfant de Ginjiro Mawatari)


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24/08/2007

Rançons, et autres civilités.


Dream (1910)







Et, comme un fou, je me mis à courir après lui ; à chaque carrefour je le cherchai de toute la force de mes yeux et je criai : " Sébastien ! Sébastien ! "
De toutes mes jambes, je dévalai les boulevards jusqu'à ce que j'eusse compris que je l'avais perdu.



Extrait de Maintenant, numéro trois, Arthur Cravan, 1913.
(Illustration : Dream de Imogen Cunningham, 1910)


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Idiolecte.


Gregor Reisch - Geometry - Longitude and Latitude



J'ai fait une croix sur le vent
et j'ai tiré un trait
entre la lune et le soleil.




(Illustration : Longitude et latitude de Gregor Reisch)


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19/08/2007

La cerise sur le chapeau.


Elena Getzieh

J'égrène mon coeur du sang des sucrières,
de douleurs friandises et de sabres d'orge.
Je livre à mon corps défendant la page
blanche aux feux de la robe ruche.


Si l'écriture flatte ma solitude,
un moustique dresse l'éloge
de ma gourmandise.

Divisons pour mutliplier.
Et gageons la vie
du réconfort
de notre
mort.


(Illustration de Elena Getzieh)


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16/08/2007

Cher toi,


Entre deux bonds
j'ai la bouche pleine de bulles,
fière de mots ronds et vides.
j'ai la bouche pleine d'appétit,
libre de bouche et d'ombres.



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11/07/2007

Coffre-corps.


Ni trop grosse ni trop maigre
Corps d'ici !
Corps d'Etat !

Corps debout !
Corps de magie !

Corps de secours !
Corps de panoplie !

Corps de mon corps !




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01/07/2007

Mansarde.


Jean Delville - Les trésors de Satan
J'ai les mains blessées de ne plus pouvoir ni me distraire ni m'étrangler.
Lourdes d'un nouveau corps sur les bras.

"Demander c'est mourir !".

Demander à mon corps d'être celui d'une autre,
Demander de mes mains le bénéfice du doute,
Demander au monde de ne plus me répondre.

(en souvenir de P.B.)
(Illustration : Les trésors de Satan, de Jean Delville)


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20/06/2007

Intensément ton corps, Marcel Moreau, 1996. (A IMPRIMER ET LIRE D'UN SOUFFLE)


Qu'arrivera-t-il quand ayant tiré de mon corps ce que mon corps avait à dire, sur cette vie, tout au long de cette vie, il n'aura plus à en écrire que la mort ou le silence ? Le corps a donné corps à ma rage d'interpréter l'Homme, et le Monde. L'exploration des ténèbres, c'est lui. La connaissance de l'âme, lustrale ou cloacale, c'est lui. Les grands sentiments, l'impérieuse luxure et le traitement des obsessions qui comptent : les sens, non-sens et contresens de l'existence, c'est encore lui. Lui enfin, l'informe entonnoir où se pressèrent, à l'en obstruer, mes désirs, mes ivresses, mes souffrances, mes passions mécréantes et créantes.
Mais aujourd'hui, à quoi bon descendre toujours davantage dans le plus compact des gouffres ? Il est sans fond, comment en douterais-je encore ? Et là où je suis parvenu, si je baisse les yeux, je ne vois que Néant, et si je les lève, je ne vois qu'elle : Femme, Aimée, Beauté, Etoile, ma dernière chance d'homme, épuisé d'avoir tant vu. Sur l'incertain palier où je me tiens, souvent plus affalé que debout, même les héritiers des fous ne s'aventurent guère. J'en sais assez, désormais, sur la monstruosité de l'être et sur sa fragilité. Les écritures, celles du corps, ont fait le nécessaire pour m'enseigner l'impossible. Et elles ont fait l'impossible pour m'apprendre l'insoutenable. Aujourd'hui, l'envie ou le courage me manque de tomber plus bas dans la connaissance dont on dit qu'elle élève. Mon savoir n'est pas vaste, ni brillant. Mais il est si intense qu'il en est une brûlure. Et il est si cruel qu'il en est une morsure. Je voudrais briser ce rythme verbal, le fixer sur ce seuil de la psychologie consumante au-delà duquel continuer de penser est un malheur pour celui qui écrit et un mur pour celui qui le lit. Le corps doit refermer son grand livre des voyages aux extrêmes. Aux profondeurs où ses percées l'ont conduit, l'air et les mots se raréfient, la science est rampante, la suffocation est de règle. Inutile de vouloir en dire plus. En dire plus, c'est vomir, parfois. Ne reste au corps qu'à rouvrir le livre d'amour, abandonné, repris, augmenté, abrégé, toujours inachevé, étrangement là, parmi les désolations.

***

C'est sur lui que je me penche, par ta grâce. Lui le seul livre qui vaille. Le seul qui veuille que mourir je ne veuille. Avant d'avoir aimé à n'en vouloir plus vivre, qu'au moins fasse que je vive le livre de l'amour.
Ecrire l'amour, l'écrire infiniment, quel autre office, pour moi, que celui-là, hors de ta chair où l'amour se fait, adjurant l'infini ?

Comme pour la première fois, et comme pour la dernière, je crois en une femme, au détriment de Dieu.

J'ai souvent chanté les corps inoubliables. Plus inoubliable qu'eux, il y a le tien, feignant d'être vêtu, et resplendissant nu, délivrant ma mémoire de la mémoire des autres.

Jamais ton corps n'ergote, ni sur les caresses, ni sur le plaisir. De lui je prends l'excessif élixir. De lui je ronge les tissus excités. Entre tes jambes sans cesse éclate la pulpe invraisemblable. Exhorté par ta voix disant que tu te vides, je m'emplis de tes pertes et d'autres délivrances.

Je ne sais où commencer mon sacre, fiévreux et luxurieux. De la tête aux pieds, pas une gloire ne manque à ta perfection. Chaque mouvement de ton corps est chef-d'oeuvre en mouvement. Quand tu bouges, sous ta peau tu déplaces tout un art dont l'âge d'or a ton âge, jeune femme à jamais. Et quand tu dors, les chefs-d'oeuvre veillent, veillent sur ton insomnie. A l'amour tous, indistinctement, se prêtent. Et à l'adoration. Ils sont si solidaires que parfois je crois les voir avancer, glisser, rouler insensiblement, ensemble, vers le plus illustre d'entre eux. Autour de ton sexe, ils se regroupent, pâmés. Et c'est là, et ainsi, que toute ta beauté m'est donnée à voir, à sentir, à baiser, en galbe et en ruissellement.

Tu émets un son, quel qu'il soit, et déjà ta volupté est. Chaque parole de toi inaugure un désir, une étreinte, un projet d'emmêlement. Ta voix, c'est en même temps le dire et la salivation du dire. Je vois une bouche, j'écoute une envie, une gourmandise, une avidité. Je sais où commencent tes mots : à la poésie, certes, à l'intelligence, au savoir, mais je sais aussi comment ils se terminent : par la prière du corps. Ils pendent de ta conscience, traînent dans ton trouble, délicieusement. Ils sont libidineux, soudain, sortis de ta raison, repris par ta griserie.

J'ai vu tes doux yeux ivres retenir en eux ma semence, la bleuir de leur bleu, refléter ses reflets, et couler comme elle coule.

Mourir séance tenante ne m'est plus un dommage. Puisque jamais ton corps aussi beau n'aura tenu au mien et que jamais n'en servirai pareil. A perte de vue, je te verrai encore, que j'aie vue sur tes flancs, ou bien sur mon tombeau. Obscène et divine à la fois, tu es celle par qui je me remets à vivre, celle sur qui je ne m'en remets pas de vivre.
Tout ce que veut ton ventre, je le veux. Tous ses commandements je les observe, obscurs et impudiques. Non, je ne connais pas les saintes écritures... Je sais seulement lire dans tes entrailles la baptismale souillure, les jus de rédemption, mon si long sucement de ton éternité crue... J'ai déchiré sur ton sexe sacré les textes ainsi nommés. Il n'est d'autre Evangile que le bruit de tes lèvres annonçant à l'envi ton extase d'infidèle. Je cherche dans ta croupe des bonheurs animaux, que je traduirai en troublants madrigaux. Car avec toi, rien de ce qui se vautre ne s'exempte du chant. Je peux tout oser, de l'élégance du coeur au lyrisme omnivore. Nous sommes de la race qui efface les frontières séparant l'ordre et le désordre, le licencieux et le révérencieux. Et le calcul n'est pas de mise entre nos tendresses, ni la censure entre nos échevellements.

Je n'ai pour tes seins ni la bouche de l'enfant ni les mains du potier. Je suis seulement ce mendiant ou ce fou qui se partage en deux, caressé de soie pâle et de dures rondeurs, élevant la tétée au rang d'un improbable inceste. J'ai rêvé qu'épaissi ton lait s'éjaculait de moi, au détour de ta gorge, dodelinante et fière.

Tes fausses accalmies me troublent. Sous tes traits pacifiés, sous tes paupières closes, ton immodération remue. Tes poses d'inanimée recréent en grand secret le levain du désir. Doucement, tu déplies tes lenteurs, les déroules, les étales, comme pour faire satiété, nonchalance immergée. C'est ta façon à toi de reprendre ta fièvre là où tu l'avais laissée. Et moi, ma langue dans ta langueur, j'attends ta suivante réplique, son injonction nouvelle, ces mots qui sont comme inouïs chaque fois qu'ils se répètent, demandant à l'amour de faire encore l'amour.

Contre Mallarmé, j'écris : ta chair n'est point triste, et j'ai bu toutes tes lèvres. « Tes succulences de vulve », j'ose écrire ces mots, d'un emploi si exact, d'une hérétique beauté, bafouant Heredia.

Tu es venue vers moi pour que soit belle la fin de mes amours. Et tout contre moi, et par-dessus moi pour qu'elle soit indicible. Je n'ai rien d'autre à dire que de taire que je pleure au départ de ton corps, tenu pour absolu, aimé irremplaçable, ultime parce que, étant tout, après lui nul ne sera.

Tu es lascive comme un coucher de buleria, comme un tango qui s'enlise. Tu danses l'amour à faire sur un rythme mourant, et l'amour qui se fait sur un rythme sauvage. Tu danses de ta bouche bée à ta béance belle, tes jambes se sont brisées pour un plaisir suprême, mais elles dansent encore la transe qui les écarte, les relève, et piétine ma face aux issues de ton corps, à l'entrée de ta nuit. Puis nous nous endormons d'un slow mol et impur, se rêvant convulsif, se poussant au réveil, quelque part dans nos limbes, du côté de nos lombes.

Tu m'as émerveillé, femme venue de loin totaliser sur moi le génie féminin. Il manquait une preuve à passion nombreuse pour qu'elle fût terrassante et s'achevât unique. Et c'est toi, ma beauté, qui m'offrit ce vertige quand je ne l'espérais plus. Quand je cherchais en vain, au bout des corps connus un corps indépassable. Ton corps a de l'esprit. Ton esprit a du corps. Ton corps m'est civilisation, d'eau, de feu, de mémoire primordiale, d'une soudaineté moderne. Ton corps fonde comme il respire, bâtit sur ses palpitations. Embrasé, il innove. S'abandonnant, il règne. Mon savoir est une femme qui porte donc ton nom, tu m'enseignes des spasmes qui ne s'apprennent par coeur, mais scandent de ton ventre l'histoire inéduquée. Ma culture se nourrit du livre de ta chair, et j'ai lu beaucoup dans le fond de tes gorges, dans ton dedans d'amour, descendant de délice en délice au délire des délires... Ah quand tu parles, comme c'est ton corps que j'écoute... Il sait si bien faire gronder ses démons et faire chanter ses anges, et c'est leurs voix mêlées qui s'exhalent vers moi, épidermiques de toi. Tu récites tes sens, tels des versets en vrac dont je ferai mon dogme, ma table de loi, mon fort endoctrinement, mon titubant credo, ma prosternation ivre, mes désordres anciens à genoux devant ton jeune désordre.

Demain, tu t'en iras. Je ne sais comment te dire que j'aimerais partir avant que tu t'en ailles. Certes, ce n'est pas érotique, ce que j'écris ici, et ce n'est pas tragique. Je n'en puis guère douter, cet amour est mortel, étant irréfréné. Mais il est moins mortel que moi puisque de mon vivant j'aurai chanté, gravé, éperdument signifié son pouvoir de me perdre.

Nous avons en commun des automnes persistants, des féeries d'autrefois rattrapées par l'horreur. Et un lac supposé autrichien, et de plus loin encore, d'apatride étendue, d'où nos chagrins retirent leurs suicidés. Toi et tes nostalgies, moi et mes affaissements, nous parlons à mi-voix de nos lésions secrètes. Mais un jour, peut-être, elles se parleront sans nous, auront des choses à se dire que nous ne pourrons comprendre. Puis d'une chiquenaude, elles nous recoucheront pour que, le temps d'aimer, nos corps puissent s'en distraire.

Je peux bien écrire sur l'amour, à en oublier le monde. Je peux bien l'écrire comme on clôt l'écriture du dégoût de ce monde. Je peux bien écrire comme si la noirceur de toutes mes écritures trouvait son terme en toi. Comme si mes désespoirs, mes violences, mes vieilles insurrections n'avaient plus de raison de faire livre, mon seul livre possible m'étant dicté par toi. Je peux bien cesser là mon histoire chaotique, lui préférer longuement nos histoires accouplées.

Mais si je ne puis n'écrire que l'Amour, je ne le puis sans écrire la mort où s'achève tout Amour.

Sache-le :
Je suis un obsédé du roman de ton corps, où tout est un héros puisque rien n'y est de marbre Je suis un obsédé des offrandes de ton corps, où tout est prodigué puisque rien ne s'y lésine Je suis un obsédé des houles de ton corps, où tout m'arrive en mer puisque rien ne m'en débarque Je suis un obsédé du détroit de ton corps, où tout vaut que je coule puisque rien n'y a de fond Je suis un obsédé des rondes de ton corps, où tout est mon geôlier puisque rien ne m'en libère Je suis un obsédé des absinthes de ton corps, où tout m'aime imbibé puisque rien ne m'en désabreuve Je suis un obsédé des louanges de ton corps, où tout se chante à Diable puisque rien à Dieu ne sied Je suis un obsédé des sommeils de ton corps, où tout se rêve mi-clos puisque rien n'y dort que d'une lèvre Je suis un obsédé du langage de ton corps, où tout est prière osée puisque rien ne s'y exauce d'autre Je suis un obsédé des jouirs de ton corps, où tout va plus loin que tout puisque rien ne s'y archive de rien Je suis un obsédé des dangers de ton corps, où tout n'est qu'extrême piège puisque rien qu'à le dire j'y tombe Je suis un obsédé des parfums de ton corps, où tout a sauvage haleine puisque rien n'y mange que moi Je suis un obsédé de l'absence de ton corps, où tout m'est vie redonnée puisque rien hors de lui n'a la chair d'un sursis et puisque rien sans lui n'a le sexe, ni même le périnée, d'un espoir...

Pardonne-moi, j'ai pris mon destrier, au nom de l'amour, mais il ne hennit plus, ni ne piaffe, levé de sa litière. C'est assez, toutefois, pour les tristes galops, tellement inconséquents. Il n'y aura plus d'étincelles, sous ces sabots-là, usés par les croisades. Allons donc, je renverse des lenteurs, j'en cravache quelques-unes, il est des jours où l'amertume va vite. Je n'irai plus de l'avant, mon coeur est un manège où tourne un cheval mat derrière un carapaçonné. J'avais des choses à te dire qui franchissaient les vitraux, et j'ai la tête lourde, ma foi, j'eus trop de vies. J'ai vanté la multiplication des femmes, que chacune me veuille absoudre. Du temps des fêtes galantes, je versais des soubrettes dans le lit des marquises, et c'était ça aimer. Rare était la débandaison à la saison des brames, toutes les saisons durant. Je sais, c'est une démence de n'écrire que l'Amour. La gageure est charnue, les joies sont volatiles. Mes mots volent en éclats à chaque salve grossière. J'en ramasse les échos aux pieds de l'intromise, et de l'intronisée. J'en créé des talismans, vois-tu, sur le thème des sorciers orifices, et pourtant... et pourtant... je chante sous vos fenêtres, Madame, la complainte du barde qui de son pur amour vous veut impérissable.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime, mais je n'y puis rien, ce n'est qu'un hymne hirsute, un débraillé de mots mentalement peu sûrs. Est-ce ainsi que l'amant déraisonne ? J'ai de l'écume à ne savoir qu'en faire. Il suffit à ma voix de se casser de cris qui seront demain des abois, peut-être des clapotis. Et ce n'est pas encore cela la vraie profération du pire. Le pire est ton exil en un corps étranger. Aujourd'hui est jour d'excès d'amour. Je n'ai plus qu'une lumière, celle de l'incohérence. C'est dire si je tâtonne d'un mur à l'autre de mon amour de fou, et si j'y balbutie. Je me fiche de la poésie constructive, je la pulvérise ! Je n'ai rien d'autre à déclarer que l'immense désordre de mes acharnements, en charge de ta chair. J'avais pourtant juré de te monter au pavois en suivant strictement la route des pinacles comme celle des piédestals. Mais c'est au féminin de Dieu que je veux te mettre. Alors, je passe par l'insensé pour écrire l'incroyable, et l'incroyable c'est que je t'aime céleste et femelle tout ensemble. Ma liturgie faiblit à l'approche de ton ventre, elle s'étrangle. Je ne sais plus choisir entre l'orgie convulsivante et la maniaque dévotion.
Crois-moi, j'ai vécu toutes les intempérances, et j'aurais pu dormir du sommeil des repus. Le fait est que ta chair n'est pas d'une implacidité commune. Du point où elle s'enlise au lieu où elle s'embrase, j'ai renoncé à prendre humaine mesure.

S'assouvir de cette façon, serait-ce donc faire des plis à un illimité ? Lui inventer des bords, des rabats éphémères, des rives de fortune s'affaissant d'un toucher ? Toujours ta source va au déferlement. A ton corps commence ma datation de la femme, ma datation de l'amour, mais surtout j'ai pris date avec ma mort sans lui, sans ta beauté, ma vie.

Amie, je refuse de m'essuyer la face où ta bonde a sauté. Amie, les modes classiques d'expression ne suffisent plus à rendre compte des doux complots de ton corps en vue que j'en sois le servant. Je voudrais déposer dans ta nuit cavitaire, explosive et moelleuse, les débris de ma pensée, démantelée de toi. J'ai clarifié bien des gouffres où je ne voyais goutte. Ma passion en est un, ton corps en est un autre, où je ne vois que gouttes, et où je ne bois qu'elles, les gouttes de ton corps, jusqu'à la dernière goutte pressée, pressuré de plaisir au-dessus de mes lèvres. Ce soir, j'ai presque tout perdu de l'art de faire du verbe une tour qui tienne droit, je suis ton déséquilibré, je n'ai pour te chérir qu'un derviche sans son axe. Elle s'éparpille ma procession chantante, et toutes syntaxes de mon adoration, elles divaguent, mes sonorités bleues. Mes élans sont tordus, mes regroupements tardent. J'écris insane, j'écris intraduisible, j'ai des frissons de basse lignée jalouse et des dents qui déchiquettent la voilure mauvaise, toujours la même, toujours noire, toujours celle que le vent fait claquer sur les bateaux qui partent, me laissant seul au port, de l'alcool plein les veines.
Oh si tu savais comme je suis lubriquement voué à être romantiquement ému, voilà pourquoi sans doute mes sueurs ont une âme. Je reçois de tes sens leur onction dans leur soufre, tes infusions carnées sont un fort paradoxe sachant boire, être bu, et remonter tes cuisses, et offrir ta vallée à mon avalement.
A vrai dire, tu n'es plus déductible de moi, c'est bien ça qui rend mon sang si affluent du tien. Nos mélanges sont trop purs et j'ai l'esprit confus. Je vais, je viens, d'un mot qui sanglote à un qui s'époumone.
Mais je crois, oui je crois en ces dislocations... Elles sont providentielles, en somme, puisque écrire l'amour c'est aussi, je l'affirme, sombrer en son langage, y laisser sa conscience et crier encore une fois combien seraient vulgaires les stances d'un sonnet « qui ne verserait pas dans ses alexandrins ton coulis naturel on suc au goût de rein ». Dis-moi, que vaudrait une rime que je n'aurais pompée dans ton ventre barbare ?
Tu vois, mon lourd délire se distingue du cantique. J'avais pourtant tiré un avantage biblique des lectures de ton corps. Je l'avais psalmodié comme étant mon salut, la promesse qu'un jour je ne serais qu'étreintes au paradis de lui. Je n'arrive plus à contenir les mots dont je sais qu'ils te louent et dont je sais qu'ils saignent. Ah, comme il m'est aisé de m'écrouler de toi, et comme il me l'est moins d'entreprendre l'avenir...

D'un même reploiement, je suis vaincu et ivre. Ecoute-moi bien. Ecoute cette zizanie qui t'écrit que je t'aime. Elle est la vérité. Rien de plus fort ne pourra sortir de mon anthologie des rêves d'Atlantide. L'enfance extrême et l'excessive maturité ne m'enseignent plus comment empêcher que les élans se brisent. Celui qui me porte vers toi de jour, en jour, de caresse en caresse, se fracture de hantises. Il fut étonnamment gothique, et comme tel fut splendide, retravaillant tes courbes, les élançant, les repolissant. A ton coeur, il se rompt. Tu m'aimes moins que tu ne me désires. Cet amour n'existe qu'en moi. Réciproque, il est mirobolant.

Je voudrais te célébrer toute, jusqu'au lieu et à l'heure où chante le sacrifice. Tu m'obliges à la seule exaltation de tes sens, mystiquement ton sexe, le premier des sacralisés, cette abondance de toi à quoi je m'inféode. J'ai magnifié toute ta beauté, manifeste et obscure, et maudit soit celui qui la prophétiserait brève. Oui, mon amour est de toutes les incarnations, et il est de toutes les évanescences. Il est à la fois là et inatteignable. Voilà pourquoi je ne suis plus, entre toi et mon spectre, qu'un désordre sans grâce, qu'une figure de chute tournée vers tes hauteurs.
Vois, sur cette page, l'ensoleillement est nul. J'écris nébuleux mon amour à une voix, ton désir à deux souffles, ce quelque chose des noces que la lumière ignore. Et pourtant, nos corps conglutinés eurent d'étranges façons d'allumer le plaisir à tous les bouts de la nuit. Ô calices, ô ciboires, retournés sur nos faces, broyés entre nos ventres, rendrez-vous à nos regards leurs lueurs de blasphème ou bien d'enfantillage ? Un rut rustique et rutilant semble encore éclairer cet enlacement de nous, redevenus humains, exemplaires de tendresse, et de doux chuchotis, et de buées de joie. Tu m'as dit de t'aimer, j'ai obéi au feu. Ton enclos des délices ébruite encore vers moi ton art de me l'ouvrir, ton goût que je m'y perde, ta rage que je t'en grise.

Et dire, ma Belle, que ce vertige fréquente les requiems... Demain, tu partiras vers quelqu'un que je hais parce que tu l'aimes encore. Ton coeur tellement là-bas, quelle poigne le ramènera dans ton corps tellement ici ? Je ne sais plus comment, femme adultère, joindre ce livre à ton éternité. Je bafouille, je trébuche, je ne consistais qu'en toi, et maintenant je donne le bras à mon inconsistance, à l'ombre de ton corps déhanché loin du mien. Que reste-t-il de l'homme retiré de ses neiges par tes mains printanières ? Tu m'as trouvé amer, et tu m'as fait Amour. Je n'étais que torpeur, je redevins ardeur. Quoi d'autre à venir, désormais, que la vie comateuse ? Et le coma saura-t-il seulement écrire, en bon français, l'antique émerveillement de ce morne aujourd'hui ? Que semble bête, soudain, l'inconsciente musique des embarcations vides...
D'aucuns me dépeignent colossal et bourru. Qu'ils viennent donc voir mes loqueteuses façons de n'être plus un homme quand je n'ai plus d'amour. Oh, ce n'est pas tout à fait vrai ce que je te dis là. Parfois, j'ai encore les poings qui se ferment plus vite que ne pleurent les yeux. N'empêche, sans amour mes démons se font vieux, ils pantellent ou se désarticulent. A ta vue fissures je suis et hors d'elles décombres je serai. T'aimer fut secouement, primaire et somptueux. Regarde-moi m'affaler sur les pentes que nous gravîmes debout et que couchés nous descendîmes. En bas, c'est-à-dire à tes pieds, j'ai commencé d'aligner les urnes du souvenir. Certes j'embrasse tous lieux où ton empreinte dure. Je refais en tremblant la route des auréoles, quand rien d'immaculé n'avait avec nos laves la chance de le rester. Mais il se décompose, le démon de mon amour de toi, et cela n'est pas bon pour la légende des corps.

Crois-moi, ma bien-aimée, je m'efforce de contenir ma tête et ce qui s'y crie dans les limites de la justice des hommes que leur amour torture. Je me cherche des mots de race équitable et d'illustre sapience. Je ne les trouve point, et quand je les trouve, c'est pour les trouver fades et d'un emploi vulgaire. Pas plus tard que demain, j'irai halluciné dépenser l'écriture dans les bars à voyous, dans de flous casinos où la roulette est russe. Et puis, je reviendrai, vaseux de tous poèmes, et de refrains d'ivrogne, inventer des ratures sur ta peau en allée. Sur cette peau, ô mon doux palimpseste, mille fois j'ai récrit ma démence, ma luxure et ma foi, dorénavant oisives. J'écris mon amour terminal, mais c'est encore l'amour, et c'est encore un livre même si c'est un adieu, à l'amour et au livre.

Ce n'était pas ainsi que j'avais pensé faire de ma mort une fête, m'arrachant à toi mais te donnant ma vie, le troc indescriptible, cet échange sans prix d'un instant fatidique contre l'éternelle vision. Chaque matin, pendant que tu dormais, simulant le sommeil des chastes, je te contemplais, si tu savais comme je te contemplais... Il me semblait urgent de n'être plus, voyant ce que je voyais, qui ne se voit qu'une fois. Je priais en secret ténèbres et abîmes d'en finir avec moi, porteur de ta beauté m'apportant l'infini: ma première plénitude. Et la dernière, par pitié... afin que tout soit dit.... J'étais silencieux, je m'espérais figé, foudroyé, pétrifié d'importance. Je serais ton gisant, gisant d'amour de toi, celui dont ton ultime image aurait taillé la pierre infracassable. Oui, j'ai demandé à tous les mystères de la perfection réunis de m'anéantir. Je leur ai demandé, aux fulgurances fatales, de m'abolir d'une révélation à nulle autre pareille, d'une félicité de fou, et même et même d'une suprême illumination d'idiot... Cette joie-là, tu me l'as dérobée, et quelque chose déchoit et ce sont les splendeurs solidaires de l'art de vouloir vivre et de l'art de ne plus vouloir.

Mon amour,
Tu ne savais peut-être pas tout cela, quand tu invoquais jouissance et extase et que comme on le fait d'un fruit, presque blet d'impatience, je pelais ton désir. Je ne suis pas doué pour les chagrins d'amour, même quand ils grattent des cordes qui sanglotent avec eux. Les violons noyés ont-ils encore une âme ? Il était une fois une femme sur son île, il était une fois mon archipel de toi. Je ne courrai plus le monde, je ne courrai plus les filles, un jour s'est arrêté, sur ton ventre en partance, mon voyage insensé vers le Sens de tes sens.

Désormais j'aimerai immobile des grâces passagères, des danseuses d'une nuit, que l'aurore fauchera, d'urbaines amazones, leur poitrine au complet et leur arc au musée, montées sur de vieux ânes à la vierge insouciante. Finie l'apothéose, avec ton corps autour et tes fièvres dedans, ton unanime beauté et tes nymphes trempées à l'approche de ma langue, qui te faisait dire Bave comme d'autres disent Nectar. Nos voix savaient baiser aussi, nos silences s'envahir, et nos étranges cultures se renverser ensemble du bonheur de se plaire, s'accoupler longuement au gré des harmonies, et frémir de plaisir à l'occasion du verbe. Tout ce que j'écris de l'étendue de nos allèchements est vrai. Laissons là les muqueuses mémorables, que ce livre s'achève sur des mots d'autrefois, un peu moites, un peu mauves, un peu mélancoliques. La haine est impossible, tout autant que l'amour. J'ai vu entre tes bras se désister ma vie, mais je ne puis te voir que pour toujours en elle. A quoi bon ajouter la pitié au recroquevillement ? Et la torpeur à la violation ? Je ne saurai jamais ce qu'il en est de la terrible anomalie qui consiste à vouloir immortaliser ce qui vous détruit. Chaque fois que nous faisons l'amour, je multiplie les gestes du mortel prouvant que je le suis, et c'est comme si alors tu devenais perpétuelle de chacun d'eux. Je jouis d'être moins afin que tu sois plus, tu jouirais moins fort si je croyais en Dieu. C'est ce que l'on dit dans les moments de grande foi en l'existence de l'amour tout-puissant. Le tout-puissant amour de l'amour de la femme que l'on consacre Unique. Que ma grande foi n'ait été qu'une grande crédulité, qu'importe puisque je sais ce qu'en amour il faut d'élans avortés pour faire qu'un jour la chute soit plus belle que l'élan. Je voulais la source de ta féminité. Je la voulais toute. J'en voulais la glande, absolue, absolument décisive, originelle. La localiser d'abord comme si ce fût visible. La rejoindre ensuite, la toucher, l'ouvrir, m'y enfermer, m'y engluer, comme si ce fût, au centre de ton corps, un ventre dans ton ventre, une poche avec des yeux, du sang, des ventouses jolies, de mythiques pulsations. Je voulais que l'absolu de ta féminité me retînt dans sa Glande, jusqu'à ce que j'y pourrisse, de plaisir. Jusqu'à ce que j'en fusse mangé, bu, dégluti, et enfin excrété, avec toi, vidée, sur les pages du livre de l'absolu de la consommation d'amour. Mon désir total de la totalité du désir, c'était ça : une lyrique crédulité, l'intuition tétanisée qu'enfin j'allais voir, et pénétrer la glande absolue de la féminité, et du même coup en crever, dans la joie.
Cet amour-là est condamné. J'écris seulement que, de ton fait, le surnaturel organique existe. Que j'en fis ma religion, du temps où ton désir épuisait sa contenance. J'ai dit tout le surnaturel charnel des organes oeuvrant à ton orgasme, j'ai dit cent fois que c'était lui mon espérance sur terre, mon gavage désiré, la plus belle de mes obsessions de la famille des dévorantes et des incorporantes. Cet amour-là est condamné. En raison de ce que je ne voyais pas, que je voulais atteindre : le secret de ta folie de femme, son secret peut-être monstrueux, sûrement monstrueux, peut-être parfait, sûrement parfait, trop pour que je puisse le voir, l'atteindre. Et tu m'as poussé dans ses parages, tu m'as tiré vers le plus obscur des monstres ayant corps de jeune fille : ta folie de femme. C'est tout ce que je pouvais faire, me tendre vers lui, surnaturel organique, fond de tes entrailles, remous essentiel, mystère humoral, amoral, sexe au-delà du sexe, sexe de derrière le sexe, l'insondable gloire de tous tes sens.

Maintenant que nous nous quittons, je n'ai plus rien à dire que ce qui ne se dit pas. Dedans tes déchaînements et devant tes rêveries, j'ai compris tant de choses que j'en sens le vertige mais n'en ai plus le verbe. Je terminerai ce livre dans la savante stupéfaction de quelques mots revenus comme miraculeusement de leur voyage en toi.
Mais quel livre où tu as pris rang pourrait se refermer, sans dommage pour la palpitation de tous mes livres ? Jusqu'à mon échéance, il tremblera de toi, en retentira, d'un gong haletant, obstiné et comme englouti, englouti vraiment. Même quand je serai en proie aux bourdonnements mauvais, j'écouterai ce rythme, toujours répétitif et inouï, du rappel des ivresses. Les amours condamnés ont leur musique à elles, qui est encore amour, les harmoniques en moins.
L'amour inachevé reprend, du gong au glas, dans la lancinance, le thème fameux de la beauté qui féconde et de celle qui tue. Ta chair s'est propagée en moi, au point que je nous indistingue. Cette propagation dure, mais elle fume au lieu de brûler, mais elle saigne au lieu d'inonder. Et pourtant, aujourd'hui comme hier, je ne peux séparer sous ma peau ce qui m'appartient de ce qui te revient. Le drame c'est que mon amour inachevé te garde. C'est qu'il garde d'un seul tenant l'amour encore vivant et l'amour déjà mort. J'écris la saga de nos corps confondus. Je fais passer dans la légende leur combustion vécue. La légende est désespérée.
Ô femme uniquement aimée, dis-moi comment on fait pour donner aux péniches la vertu des gondoles. Et comment on survit de se mirer dans l'encre quand on n'a plus tes yeux pour s'y voir renaissant. Et comment les soliloques se chantent sans offenser la voix. Et comment célébrer sans commémorer. Et comment donc les deuils pourraient rire des supplices. Et comment, et comment en serait-il autrement de mes mains sans emploi, de mes mots sans issue. Des caresses suspendues au-dessus de ta trace, et des draps reblanchis à la mode des suaires. Je ne me demanderai plus désormais : « Qu'il y a-t-il près de toi qui vaille ma guérison ? » Désormais, toutes les questions qu'à ton corps je posais seront posées en vain.

Ce soir, comme tout est désolation...
Toi dans les bras d'un leurre,
Moi dans les pas d'une ombre,
Nous enfin et surtout, absurdement disjoints...
Il n'y a pas de mots pour dire la pauvre danse...
Il n'y a pas de ciel qui puisse pleuvoir plus gris...
Ecoute aujourd'hui la Seine, elle rend un son
Soluble et taciturne, celui des amours froides coupant le fil
De l'eau sous notre pont Marie.



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03/06/2007

And it burns, burns, burns...


Il y a bien longtemps que je n'avais frémis de rage ou de colère. D'abord des prémices d'une naissance puis des réjouissances de l'abandon. Car je suis leur fidèle maître. Car je ne possède rien qui ne succombe aux foudres de la flamme.

Il s'est produit en moi cet éveil lumineux et que j'ai cru dès lors ressurgi d'outre-tombe, mais il n'a souffert d'aucune accolade. Tout d'abord il est le fruit d'une rencontre avec moi-même, avec cette autre chair que me dissimulait mon âme. Un être hybride mais reconnaissable, et dont la familiarité m'aurait surpris davantage si je n'en avais pas aussitôt deviné les desseins. Deviens ce que tu es déclara Pindare, deviens ce que tu es lui seconda Nietzsche, deviens ce que tu es ! s'enthousiasma à son tour Freud.
Le soleil se lève et pour la première fois depuis des lustres pas une étincelle ne manque à son registre. Il est fier, comme moi. Il est beau ! Il n'attend plus de la nuit qu'elle lui cède sa place mais il la bouscule, la prend par la nuque et l'invite à rejoindre ses draps.
Je suis artificier et pourtant j'avais oublié l'ingrédient d'une bonne fumée : à toute exhubérance c'est une phalange qui se consume. Car si la poudre est merveilleuse, elle se consacre sous les ongles, aux creux des yeux...là où la vue se substitue à la raison.

Je suis cette peau de nouvelle chair, ce corps pétale. Plus léger que l'air et plus robuste que l'atome, soulagé des vanités frivoles et friand des maladroits volatiles. Je suis une enveloppe sans adresse d'expédition, sans timbre, sans rien pour la retenir. À mort les bavardages ! À mort les destinations de rêve ! Je ne bougerai plus le petit doigt tant qu'il m'en restera ! Le temps rattrapera les vieilles peaux ; les curieux seront déjà loin. Et la curiosité sera ma seule maîtresse.

Il s'est ouvert en moi une porte qui ne se refermera pas, un précipice dont je connais le dernier mot. Un enchantement vierge de sorcellerie. Celui-là même dont je ne vous révèlerai ni les tenants ni les aboutissants et qui voudra de votre coeur que je n'en découvre que l'épiderme voluptueux. Mes valises sont prêtes. Après tout, je n'ai jamais connu meilleur logis qu'au fin fond des poches de cuir.


21:29 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/06/2007

Paranoïa.


Ni spectateur, ni acteur.

La toile des mots pour unique divertissement de l'âme. Pas la mienne mais la vôtre. Celle qui brûle par les deux bouts, que j'alimente d'histoires extraordinaires et que seule ma négligence peut surprendre. La toile des danseuses de corde, des maîtres en fantasmagories. Cette toile où rien n'adhère.

Ni spectateur, ni acteur.

Des bouts de ficelle dont on persuade l'agitation. Parce qu'il fait chaud, parce qu'il pleut, pour ce nuage entre les deux. Cet irrésistible nuage que l'on voudrait perméable, celui qui lorsque l'on souffle sous sa jupe caresse le ciel d'un éclair blanc. Des ficelles d'éclairs entre deux viennoiseries à Venise.

Ni spectateur, ni acteur.

Des rimes alcooliques, ivres d'elles-mêmes. Splendides ridicules au bout de nos lèvres, sauvages captives au fond des puits. Des rimes à l'ôde vie. Cinglantes bucoliques, fidèles montures de ces hommes qui peinent aux créneaux.

Et la lumière fuit.

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28/05/2007

L'homme Cancer.


Nébuleuse du Crabe











Au premier abord l'homme cancer étonne par son apparente maîtrise de l'espace : on l'imagine acrobate, alpiniste ou peut-être politicien. Mais il n'a l'âme ni de l'un ni de l'autre. Au contraire la maladresse reste indissociable de sa nonchalance, le vertige est son cheval de bataille et le mensonge une traîtrise sans nom qu'il n'accorde pas même à ses ennemis. C'est pour cela qu'il évite les démonstrations personnelles en public (comme de débouchonner une bouteille récalcitrante par exemple), refuse les chaises pour s'asseoir à terre, et qu'il saborde de moitié chaque entreprise qu'il aura scrupuleusement mise en place. L'homme cancer est un timide effarouché, un habitant de la mer qui lui préfère pourtant le charme des plages et le repos des rochers. Armé de ses redoutables pinces il fait des vagues sans le vouloir, au risque souvent de prendre le large vers des pensées vagabondes. Ses gigantesques pinces, il faut bien les différencier : la droite sert à manoeuvrer, la gauche à distraire, à "donner le change". Il possède également huit pattes aux flancs pour se mouvoir rapidement et sans bruit afin qu'aucun prédateur ne songe à fondre sur lui. Car si l'homme cancer arbore une redoutable carapace, sa chair, tendre et fragile, attise la curiosité de nombreux gourmands. Voilà qui le distingue des autres crustacés : fidèle en toute chose, il ne manque pour autant pas d'affabulations merveilleuses et de travestissements subliminaux. Et, au risque de se perdre, il use donc de l'artifice comme d'un allié qui, pour peu qu'on lui serre la pince, aura tôt fait de révéler ses secrets les plus intimes.
Si sa ressemblance avec les crabes ermites est évidente, il s'en éloigne grâce à un savant mélange de nomadisme et d'habitudes sédentaires : l'homme cancer est partout chez lui. Aussi jamais ne se déplace-t-il sans une trousse de survie comprenant (à son humble avis) le minimum vital. Sans cette trousse il se retrouve fort dépourvu : alors il est tantôt contrarié, tantôt contrariant. Mais pour peu qu'on lui propose une alternative il saura l'apprécier à sa juste valeur et il y a fort à parier qu'il en redemandera encore et encore ! L'homme cancer a plus d'un tour dans son sac mais celui-ci est troué, alors il laisse des bouts de lui sur son passage comme autant de cailloux qui le ramèneront à bon port.
Le jour il sort la tête de sa loge et ne va pas beaucoup plus loin que son cou ne le lui permet ; qui voudrait l'attraper se doit d'adopter quelque ruse évidente : pour l'un il suffira d'un bon repas, pour l'autre d'un jeu de piste suffisamment convaincant pour qu'il décide de quitter sa tanière. Mais en cuisine le bougre est capricieux : à vrai dire il aime de tout mais pas n'importe quand, ni n'importe où. En effet l'homme cancer attache beaucoup d'importance à certains détails qui pour les autres demeurent insignifiants, et c'est tout un contexte qui doit s'offrir à lui pour qu'il daigne se laisser aller à l'appétit. De nuit on peut l'apercevoir loin de ses aises, parcourir le monde avec ses grands yeux affamés. L'usage voudrait que la nuit tous les chats soient gris, mais monsieur cancer n'en a cure et se vante de remarquer qu'une fois l'obscurité tombée il est capable d'appréhender les choses de la vie avec une longueur d'avance sur les autres. Oh bien sûr ce n'est pas la stricte vérité, mais il n'empêche sa profonde conviction. Car l'homme est convaincu. Peut-être est-ce dû à sa sensibilité ou peut-être encore à ces paisibles rêves qui le hantent encore aujourd'hui. Toujours est-il que ses convictions réclament autant de déni que sa sensibilité profonde ne suppose un entourage prévoyant et sans compromis.
L'homme cancer a huit pattes mais un seul coeur et il ne le partagera qu'avec une seule personne. Or comme il est doué en relations terrestres, il ne contrarie sa nature en rien puisqu'il aime à partager des bribes à tous vents. Mais que l'on ne s'y trompe pas : l'essentiel est bien ailleurs, au-dessous des collines et en regard des précipices. L'homme est habile car irrésistiblement attiré par la confidence, c'est son système de défense. Sa mémoire nauséabonde avoue bien des ratés et il serait vite arrivé qu'on lui reproche quelque oubli. Encore une fois il s'agira de regarder outre l'évidence et d'observer comment l'astucieux crustacé n'a rien retenu de l'histoire pour en conserver tout de même la raison.
Enfin pour terminer, il convient de rappeler à nos lecteurs combien l'homme cancer est inachevé. Il est une mine de potentiels explosifs, de circonférences boudeuses et d'archétypes mal entretenus. Il attend, paisiblement, qu'un courant favorable le ramène en terre ferme. Alors il pourra mettre son plan à l'épreuve, ce plan qu'il aura longuement médité, travaillé et souvent même titillé de droite à gauche. L'homme cancer se déplace de côté, aussi l'on pourrait croire qu'il est lent voire immobile, mais détrompez-vous : il aura tôt fait de vous rejoindre si son heure est arrivée !


(Illustration : structure filamentaire de la Nébuleuse du Crabe)
(Accompagnement musical : Joanna Newsom - Clam, crab, cockle, cowrie (live), cliquez ici)


22:34 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/05/2007

Timide démence.


Il arrive les bras croisés, tordus l'un derrière l'autre. La démarche hésitante, il fait penser à un candidat bénévole pour la peine de mort. Il s'assied en face de moi, sans un bruit, le fauteuil même se retient de réagir. Tout de suite il adopte ma posture, preuve d'un partisanat moderne. Il passe une jambe par-dessus l'autre, une main entre ses cuisses et l'autre qui vient lui saisir le coude opposé. Il sourit péniblement : son visage est si mince qu'il doit pour se faire avaler sa joue droite afin de donner davantage de consistance à la gauche.

La discussion s'engage, il mastique ses lèvres avec une ironie non feinte. Ses mains tout à coup dérogent à ma présence : elles s'en vont maladroitement en tous sens, s'effleurent, se distinguent en altitudes, se rejoignent au giron d'une projection de lui-même qu'il exige à quelques centimètres. Il parle avec ses mains – rouges comme des lèvres, les doigts commis mâchoire. Et saute d'une névrose à l'autre, et course d'une phrase à la suivante.

Il n'a ni père ni mère. Son âme s'écaille, sa peau bâille, son coeur l'ignore. Et ses gesticulations deviennent plus bruyantes à mesure qu'il tente d'avorter de la terre. Chaque mot qu'il éructe tombe sur moi comme une enclume, chaque émotion qu'il a peine à retenir. Il est lourd, si lourd de toute sa creuse, que je ne peux le maintenir en place et son corps finit de s'introduire en lui-même, de se résorber comme une feuille abandonnée. Je l'écoute mourir sans larmes, abandonné même de la fatigue, et cette impression diluvienne qu'il s'abrite en moi.


(Accompagnement musical : Richard Hawley – Precious sight, cliquez ici)


17:16 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/05/2007

Table des Matières.


Jeong Ho Park - Le silence 45
J'aimerais pouvoir nager dans la terre,
plonger pieds nus dans la fourmilière,
m'étrangler des racines aux genoux,
incruster mes paupières de cailloux.

Comme j'aimerais n'aimer rien d'autre
Que le décor de la vie,
Que le témoin de ma mort.




(Illustration : 'Le Silence, 45' de Jeong Ho Park)
(Accompagnement musical : Kaolin – Ne dis rien ; eh ouais)


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23/05/2007

"Comme un 23 mai." (poème du dimanche un mercredi)


Tatayet

Je cherche une solution rapide pour devenir con. Très con.
Et plus je cherche moins je le suis. C'est contrariant.
Alors aidez-moi, sans vous je n'y arriverai pas.
Aidez-moi et je vous aiderai à mon tour
si quelqu'un ne l'a pas déjà fait.


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22/05/2007

'My beloved monster.'


Mains se dessinant








Les poignets cristallins s'échappant de sa veste s'accomplissent en deux poings d'interrogation bien maintenus. Leur nonchalance est stupéfiante, aussi j'ose croire qu'il serait volontiers pianiste s'il n'avait les doigts si courts. Ses cheveux, dont l'ébouriffé laisse deviner les négligences, sont du meilleur acajou, et son sourire chaussé avec impertinence, du plus bel éclat. Son visage enfin s'il ne me paraissait plus grand, obtiendrait du soleil qu'il se couche à ses yeux et de la mer qu'elle se berce à ses lèvres.

Cet air fourbe et goguenard, cette silhouette malingre et furtive (qu'il aissaisonne de sa franchise), font de cette rencontre un repas riche en intrigues. Qu'a-t-il donc perdu pour se retrouver si propre de tout, si loin de lui-même ? Tout cet endroit qu'il n'occupe pas de son corps, je le devine, est le caprice d'un doute profond. Et l'on peut voir jusqu'à quel égard les prunelles de ses yeux sont envahies d'un désir trouble et terrible, si dramatique qu'il en pourrait perdre les raisons.

D'un air affecté il me demande entre deux roulements de dunes si sa compagnie m'insupporte. Son regard possède à présent la vive allure d'une eau gazeuse. Aussi je voudrais l'interroger sur le sort de ces bulles qui lui monteront bientôt à la tête mais tout d'abord je lui réponds que non, que sa compagnie m'est aussi agréable qu'un réveil de printemps. Cette idée lui plaît beaucoup. Il a changé tout à coup. Son rire est gras, ses mains sont moites et tout son corps s'envenime d'un grand bol d'air entre chaque esclaffe.

Il s'endort en m'écoutant... il s'endort mais tout ce qu'il entend il l'écoute jusqu'au dernier grain de sable. Je sais qu'il oubliera mon histoire mais pas ses aigus. Son être se rétracte dans la vie plus infime et pénétrante. Il tiendrait presque tout entier dans le creux de ma main ou dans le fond de mon coeur. Et malgré cela, le sommeil bénissant, je le porte contre moi à la mesure de mes entrailles, pour qu'au réveil, ruisselant, je me découvre le corps en larme.


(Illustration : 'Mains se dessinant' de M. C. Escher, 1948)
(Accompagnement musical : Daniel Johnston - The sun shines down on me, cliquez ici – C'EST UN ORDRE !)


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De l'abus de présomption.


Rémouleur






(Illustration : rémouleur bruxellois)


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21/05/2007

Les réconciliations subjectives.


Stachka, S. M. Eisenstein








Que d'aventures suggérées par les coïncidences !
Que de plaisirs à discourir du possible et de l'instant !
Ah qu'il me fait vivre ! Ah qu'il a bon choeur et brûle cire !

L'horizon doux à la lisière de mes ordres
- Seuls les ténèbres profondes et labyrinthes,
Les orages à huit pattes
Et les épidémies amoureuses.

L'horizon clair au fort de mon ébauche :
Rempart au devant du souvenir,
Fable des bruits qui courent.

Ah qu'il est frais et distrayant !
Comme j'aimerais sur mes épaules
Le lourd poids de ses passions !
Et qu'il me chante au tour de l'aube
Les partitions de sa magie,
Dont je pardonne déjà les torts
Et l'ironie de son parfum.


(Illustration : photogramme de 'La Grève' de Sergueï M. Einsenstein, 1924 - outre son génie cinématographique le monsieur était aussi responsable d'un imposant carnet de dessins satyriques disponible chez Seuil, comme de jouissives élucubrations tortueuses de la "jalousie phallocrate". Admirateurs de Klimt, couturières de Bellmer, hommes-grenouilles et fières bribes : osez la caricature !)


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12/05/2007

La bannière de pubE.


Bal des increvables (1896)



S........ de p..... de c....... de c...... en c....... . P..... f..... de g....., e..... en v... de d.......... . C..... de la s.......... a......, i......... du d.... . O..... du b.....-t... p....... et p........ . I..... s....... au s..... des p....-a........, c...... a....... b....., d..... de s...... . M..... de la n....... g......... t.... dans les m.... r... dans la t... . C....... d'o............ p............ sans c....... .


(Illustration : Bal des increvables, 1896)


11:14 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/05/2007

"Plus con tu meurs."


Miss World


C'est une bataille que je pensais gagnée d'avance,
mais visiblement j'ai sous-estimé mon concapital.
Et chaque pas que j'argumente vers le caveau,
m'en éloigne davantage, à tort ou à raison.
Aussi j'aimerais remercier mes parents
pour ces inépuisables ressources ;
mes proches, et tous les anonymes,
dont je distrais malgré moi la bétise.


18:43 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Sans titre (ou l'apologie du Grand Tout par les petits riens).


iMage
dune
cor_de
nou&e
dérobade
par là
fenêtre.


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07/05/2007

'Sounds which came from silence.'


Livres - Metamorphosis







Je m'ennuie du silence de la vie, je m'ennuie de la paresse bienveillante qui recouvre désormais mes sursauts les plus intimes.

Autrefois je m'imposais le silence pour en dire le moins possible, et du cancer je me dressais taureau, capricorne ou bélier. Alors on pouvait se méprendre sur ma véritable nature et me condamner à la potence ou aux fardeaux de la conversation. Ce à quoi j'acquiescais d'une vive paupière ou, réfutant tout d'un croc, je m'en allais de plain-pied. Et rien ne me plaisait plus dans cette légèreté de ton que d'avoir en mes mains les secrets de l'abstention et les prémisses de la révolte. Quelqu'un pour me les ouvrir à pleines dents, quelqu'un pour les refermer enfin.

Ensuite j'ai rencontré le vaste monde : je l'ai épié du coin de l'oeil avant de m'en approcher et d'entamer les pourparlers. Convaincu par expérience qu'il ne fallait trop en dire ou du moins ne pas l'ébruiter, je m'étais mis dans la tête de jongler par-dessus le marché : « Il est vrai mon poison ! Il est vrai ! ». Mais rien n'y fit et comme auparavant on me reprochait tout et son contraire, comme si d'aventure je n'avais pas laissé les portes bâiller aux mouettes, je fus contraint de revenir à mes premières amours.

Mais à présent, dans cette nouvelle échappée en solitaire, je n'ai ni phare ni boussole. Au plus je pourrais me vanter de penser à voix haute lorsque l'horizon finit de s'affaisser sur ma toile. J'ai de la peine à décortiquer le silence et ses disciples aquarelles, non que ce qu'ils me cachent soit encore surprenant mais parce que ce que j'y trouve n'est pas plus intéressant. L'union fait la force, c'est notre devise. Et pourtant j'ai beau l'éplucher rien ne s'en dégage - pas même une larme dont j'aurais le muet savoir qu'elle s'écrase bruyamment. Alors je continue de me taire, et je n'en pense pas plus. Car si l'on venait à m'entendre il y a fort à parier que l'on me couperait la tête pour me la faire avaler.


(Illustration : livre 'Metamorphosis')
(Accompagnement musical : From Monument to Masses - Deafening, cliquez ici)


21:05 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Lettre de non-procrastination.


Madame,


Ayant eu vent de votre prochaine nébuleuse, dont les desseins véritables restent encore méconnus du grand public, je me permets par la présente de solliciter votre attention en vue d'un éventuel entretien - et plus si affinités.

Fort de plusieurs années à brasser l'effort et l'oisiveté dans une même marmite, j'imagine pouvoir répondre à vos besoins et ce malgré l'absence totale d'élucubrations positives à votre égard. J'ai pour cela la prétention de croire que dès lors votre projet finalisé, j'aurai à délocaliser pour votre gouverne monts et vallées en des endroits plus propices au développement durable. Car s'il n'y a pas de fumée sans feu, il n'existe pas plus beau paysage sans architecte.

Pour ce faire j'ai à vous confesser une horrible flexibilité : en effet si, par exemple, vous veniez à manquer de matériel de bureau, je pourrai à la fois vous fournir ma main au besoin d'un plumier et me limer les dents en guise d'agrafeuse. J'œuvre au meilleur des cafés et comme je sais vivre avec mon temps je ne manque ni de petit-lait ni d'aspartam.

Je vous laisse ci-joint mon promeniculum vitæ afin que vous puissiez à loisir vous méprendre sur mes qualités et mes points de suspension.


Dans l'attente d'une esquisse de votre part, veuillez recevoir, Madame, l'impression symbolique de mes sentiments intéressés.


.Æmeth.


19:15 Écrit par Aem[a]eth. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |